(Québec) Le port de Québec a annoncé mardi son intention de construire un terminal en eau profonde de 775 millions de dollars, avec deux partenaires majeurs. Mais l’annonce s’est faite sans la présence d’élus et le projet semble bien incertain compte tenu des nombreux obstacles qui se dressent devant lui.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

L’Administration portuaire de Québec (APQ) reconnaît que ce partenariat avec Hutchison Ports - «le plus important réseau de ports dans le monde» - et le Canadien National (CN) pour construire ce terminal de conteneurs est tributaire de l’évaluation de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE).

Le nouveau terminal en eau profonde serait situé dans l’arrondissement de Beauport, dans l’aire de reproduction du bar rayé. «Un projet de cette envergure-là, c’est normal qu’il y ait des enjeux environnementaux», explique le PDG du port de Québec, Mario Girard.

Le terminal verrait 500 000 conteneurs passer par ses quais chaque année. Il s’agit de moins d’un navire par jour, selon M. Girard. Bâti en eaux profondes, soit 15 mètres, il permettrait d’accueillir les plus importants bateaux, et de relier par train des villes comme Toronto ou Chicago.

Le terminal «Laurentia» - anciennement «Beauport 2020» - doit créer 500 emplois directs dans sa phase d’opération, assure l’APQ. Les investissements seraient «majoritairement privés», avec une part d’argent public. La somme demandée aux gouvernements n’a pas été précisée mardi lors de l’annonce.

Le Port de Montréal «étonné»

PC

Le Port de Montréal.

Le Port de Montréal a qualifié «d’étonnante» l’annonce faite à Québec. Celui-ci projette également la construction d’un terminal de conteneurs, à Contrecœur. Comme à Québec, son projet est devant l’Agence canadienne d’évaluation environnementale.

«Pour nous, la mise en place d’un tel projet est étonnante compte tenu de la dynamique du marché reconnue par l’industrie maritime faisant de Montréal et Halifax les plaques tournantes du marché des conteneurs dans l’Est du Canada», a écrit à La Presse la vice-présidente affaires publiques à Port de Montréal, Sophie Roux.

Mme Roux précise que l’annonce ne change en rien le projet de Contrecœur.

Le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, a quant à lui rapidement salué une «très bonne nouvelle pour l’ensemble du Québec». Il a aussi avancé que le projet «Laurentia» pourrait réduire les GES au Québec.

«On souhaite réduire à long terme le nombre de camions sur [nos] routes. Si le CN accepte d’être partenaire là-dedans, […] je suis confiant qu’on va réduire les GES parce qu’on [transférera du transport de marchandises des routes vers] les voies ferrées», a-t-il dit.

Quant au financement public, M. Bonnardel s’est dit prêt à étudier les demandes.

Un mauvais projet selon Zanetti

LE SOLEIL

Sol Zanetti

Le député solidaire de Jean-Lesage est beaucoup moins optimiste que le ministre des Transports. Sol Zanetti est persuadé que l’ajout de 500 000 conteneurs va forcément augmenter la circulation de camions lourds. L’Administration portuaire de Québec le reconnaît elle-même: la totalité de la marchandise ne serait pas transportée par train, et une partie le serait par camion.

«Des centaines de camions lourds supplémentaires qui vont circuler à Québec à chaque jour. Comment est-ce que ça va améliorer la qualité de l’air? On ne répond pas aux préoccupations des citoyens des quartiers centraux de Québec avec ça», lance M. Zanetti.

L’élu affirme que les opérations du Port de Québec nuisent déjà à la qualité de l’air des citoyens de sa circonscription, notamment avec des opérations de transbordement de matières à découvert. Il demande que ces problèmes soient réglés en priorité.

«Si je vois un gouvernement donner de l’argent à un projet d’agrandissement du port avant même de sécuriser les opérations et de protéger la santé du monde, je vais être catastrophé, lance Sol Zanetti. C’est inadmissible.»

-Avec Hugo Pilon-Larose