Les nouvelles devaient être moyennement mauvaises pour le Québec concernant cet indicateur crucial. Elles sont finalement moyennement bonnes. Enfin, tout dépend si vous voyez le verre à moitié plein ou à moitié vide.

Francis Vailles
Francis Vailles La Presse

Cette statistique phare n’est ni le taux de chômage, ni l’inflation, ni la progression du produit intérieur brut (PIB). Cette donnée tant prisée des économistes est plutôt la croissance de la productivité de 2018, soit l’augmentation du PIB des entreprises par heure travaillée.

Dois-je vous rappeler que la productivité n’est PAS l’accélération folle de la cadence des travailleurs, comme dans le film hilarant Les temps modernes, de Charlie Chaplin. Non, hausser la productivité des travailleurs passe plutôt par l’usage plus intelligent des technologies et par l’investissement dans des machines plus performantes, notamment. Pensez aux robots dans les usines, par exemple.

Bref, les économistes n’avaient pas de grandes attentes. La raison est simple : la création d’emplois a continué à être vigoureuse en 2018, davantage que la production intérieure brute.

Or, finalement, la productivité des travailleurs s’est accrue de 0,4 % au Québec en 2018, selon les données publiées par Statistique Canada mercredi. Il s’agit d’un net recul par rapport à la croissance de 2017 (2,1 %), comme prévu. 

En revanche, le Québec fait partie des quatre seules provinces à avoir enregistré une croissance de la productivité en 2018, avec la Colombie-Britannique, le Manitoba et la Saskatchewan.

Les entreprises de l’Ontario, par exemple, se sont avérées moins productives en 2018 que l’année précédente, avec un recul de 0,2 %. Et le Canada dans son ensemble est stagnant. La nouvelle est donc « pas pire », vue sous cet angle.

Les données sur la productivité, faut-il dire, évoluent beaucoup plus en montages russes que celles du chômage ou de l’inflation. Il est donc préférable d’analyser le comportement de cet indicateur à long terme. Ainsi, au Québec, la productivité des entreprises a crû de 2,8 % sur trois ans, soit légèrement plus que la moyenne canadienne (2,6 %).

Sur 10 ans, cependant, la croissance de cette productivité est de 6,6 % au Québec, contre 9,6 % en Ontario et 10,5 % dans l’ensemble du Canada.

La croissance de la productivité est déterminante pour que les travailleurs voient leurs salaires augmenter plus vite que l’inflation et accroissent leur niveau de vie. Plusieurs économistes misent sur une croissance annuelle de la productivité de 1 % à long terme au Québec, afin de pouvoir financer adéquatement nos services publics en cette ère de vieillissement de la population.

Pour le Québec, la moyenne canadienne n’est cependant pas une cible ambitieuse, puisque le Canada connaît lui aussi des retards inquiétants, notamment par rapport à son voisin américain.

Notre voisin du Sud, justement, a accru sa productivité de 1,4 % en 2018, selon les chiffres publiés en mars, soit bien davantage que le Canada (0 %). Il faut dire que les Américains avaient traversé un passage à vide au cours des deux années précédentes. Par contre, sur 10 ans, la croissance de la productivité est trois fois plus importante aux États-Unis qu’au Canada.

Au Québec, trois industries se sont démarquées en 2018, soit la fabrication, le commerce de détail et le secteur restauration et hébergement.

Pour le commerce et la restauration, il s’agit de la troisième hausse annuelle de la productivité d’affilée, ce qui est peu commun. Les perdants de 2018 sont la construction et le secteur finance et assurances, notamment.

Fait remarquable, le secteur de l’industrie culturelle et de l’industrie de l’information a fait bondir sa productivité de 11 % en 2018, selon les données de Statistique Canada. Les fluctuations sont cependant très variables d’une année à l’autre (- 7,2 % en 2017).

En plus d’investir dans de nouveaux équipements et de s’approprier les nouvelles technologies, nos entrepreneurs peuvent migrer vers des secteurs à plus haute valeur ajoutée pour faire croître la productivité. Et ainsi créer des jobs payants, comme le clame François Legault. Alors, on s’y met ?