Cinq ans après avoir été créée dans la foulée de la prise de contrôle de la mine Canadian Malartic, la société Redevances Aurifères Osisko a passablement cheminé pour se retrouver aujourd’hui avec plus de 130 droits de redevances dans autant de projets miniers tout en ayant déjà ciblé des gisements potentiels de 22 millions d’onces d’or, dont les plus prometteurs sont situés en Abitibi et dans le nord du Québec.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Sean Roosen, qui a fondé en 2004 Osisko et qui a pris la direction de la nouvelle Redevances Aurifères Osisko en juin 2014, nous détaille les opérations et les perspectives de l’entreprise.

Redevances Aurifères Osisko a aujourd’hui une valeur boursière de plus de 2 milliards, dispose de liquidités de 110 millions et d’un portefeuille de placements en actions de plus de 400 millions. Est-ce que vous envisagiez de disposer d’un tel bilan lorsque vous avez créé votre société de redevances ?

Bien avant l’offre sur la Canadian Malartic, on était approchés par des sociétés de royautés, mais on jugeait que les prix offerts étaient nettement inférieurs à la valeur de la production.

On a alors préparé la mise sur pied de notre propre société de redevances. On était une société d’un seul projet et on voulait se diversifier. Lorsque la vente de Canadian Malartic est survenue, on était prêts à lancer notre société de redevances aurifères.

On a donc démarré nos activités avec des liquidités de 150 millions et avec des droits de redevances dans cinq projets, dont évidemment ceux de 5 % sur la production de la Canadian Malartic. On a aussi des capacités de lever 1 milliard en capitaux.

À l’époque, vous auriez pu vendre Canadian Malartic à Goldcorp, encaisser un paquet d’argent et profiter de la vie. Qu’est-ce qui vous a motivé à monter votre société de redevances ?

Ma femme m’a souvent posé la question… Si tu te trouves un job que tu aimes, tu ne travailles pas. C’est comme si on avait demandé à Jacques-Yves Cousteau d’arrêter ses recherches en mer.

L’exploration minière, c’est fascinant, on est à la recherche de trésors. Dans le cas de Canadian Malartic, c’est un trésor de 4,1 milliards qu’on a trouvé. Quand on a débuté nos activités, la valeur boursière d’Osisko était de 500 000 $…

Pourquoi j’aurais arrêté ? Je n’aime pas le golf. J’ai 55 ans et Peter Munk a fondé Barrick Gold à 53 ans, alors j’ai encore du temps devant moi.

Depuis cinq ans, vous avez déjà découvert l’équivalent de 22 millions d’onces d’or potentiellement exploitables, ce qui est considérable. Comment expliquez-vous vos succès là où d’autres ont échoué ?

On revisite beaucoup d’anciens sites miniers qui ont été abandonnés. Avec le temps, les prix évoluent et, des fois, certaines grandes entreprises décident de vendre les sites qu’elles n’exploitent plus.

Avec la société minière Falco, on a identifié un gisement important à la mine Horne 5 à Rouyn-Noranda qui appartenait à l’époque à la Noranda. C’est un camp minier avec un potentiel aurifère comme on en retrouvait en Abitibi dans les années 40. On a les droits sur un territoire de 2000 kilomètres.

La découverte la plus excitante reste toutefois celle qu’a faite la société Osisko Mining, un peu plus au nord, dans la région de la Baie-James. On a levé 400 millions de financement au cours des trois dernières années pour le développement de la mine Windfall Lake.

C’est là qu’on est en train de réaliser le plus gros projet de forage au Canada. On détient 18,5 % des actions d’Osisko Mining et des redevances de 2,5 % sur l’or qui sera produit à la mine Windfall Lake.

Vous avez aussi investi dans des projets dont le potentiel tarde toujours à se manifester, comme celui de la mine Éléonore, à la Baie-James, qui appartenait à Goldcorp et qui est maintenant la propriété de Newmont. Avez-vous toujours confiance dans ce projet ?

C’est une nouvelle mine qui commence ses activités. Le potentiel prévu était d’extraire 600 000 onces d’or par année et, pour l’instant, on produit un peu plus de 300 000 onces par année.

La taille du gisement a été réduite, mais on va continuer d’investir dans l’exploration tout autour. Il y a là une ceinture importante à explorer pour l’instant alors que la mine actuelle ne représente que 5 % du potentiel.

Vous avez aussi participé au financement du projet de la mine de diamants Renard que développe la société Stornoway, fortement appuyé par le gouvernement du Québec. Là aussi, le potentiel ne semble pas répondre aux attentes. Est-ce que vous allez réinvestir s’il le faut ?

On a participé au financement de Stornoway en réalisant des opérations de « streaming » [un investissement garanti par une partie de la vente des diamants produits]. Et on a été un des leaders du dernier financement qui a été réalisé.

Les activités à la mine vont bien, ce qui pose problème, c’est le prix des diamants qui a beaucoup reculé parce qu’on est dans une situation de surcapacité de production mondiale.

Il ne faut pas voir ça de trimestre en trimestre, mais avoir plutôt une vision sur une période de cinq ans. Beaucoup de mines de diamants en production dans le monde vont cesser leurs activités au cours des deux prochaines années, et la génération des milléniaux commence à acheter des diamants.

La situation devrait donc s’améliorer, et s’il faut réinvestir, on le fera, parce que si on arrête la production, notre « streaming » ne vaudra pas grand-chose…

Plusieurs estiment que le prix de l’or est encore trop bas. Est-ce que c’est aussi votre impression ?

Écoutez, au prix actuel, l’or se transige à un prix supérieur à 1700 $ canadiens, ce qui est fort convenable. Quand on a construit le projet de Malartic, on avait fait toutes nos prévisions de rentabilité avec un prix à 800 $ canadiens l’once.

Si, au Canada, on ne fait pas d’argent avec une once d’or qui s’échange à 1700 $, alors on est bien mieux de rester bien assis au Tim Hortons à boire un café…