Le Fonds de solidarité FTQ va bientôt donner naissance à des triplés : trois fonds communs de placement à forte saveur québécoise.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Les nouveaux Flexifonds n’offriront pas les savoureux crédits d’impôt qui ont fait la marque du Fonds FTQ. Mais les investisseurs pourront récupérer leur argent à tout moment, alors qu’ils doivent généralement conserver leurs actions du Fonds FTQ jusqu’à la retraite.

Bref, les nouveaux Flexifonds : pas de bonbon, pas de menottes.

En ce moment, les actions du Fonds FTQ donnent droit à un crédit de 30 % (15 % au fédéral, 15 % au provincial) sur une cotisation annuelle maximale de 5000 $, ce qui équivaut à une économie d’impôt de 1500 $.

Les investisseurs qui veulent mettre davantage peuvent le faire. Mais ils n’obtiennent pas de crédit d’impôt… et leur argent est quand même gelé au Fonds jusqu’à leur retraite, ce qui est absurde.

C’est pour répondre à cette demande que le Fonds de solidarité a conçu les Flexifonds. Les trois fonds contiendront tous 70 % de contenus québécois, dont 30 % d’actions du Fonds de solidarité original. Le reste sera composé d’actions d’entreprises québécoises inscrites à la Bourse et d’obligations. La proportion dépendra du profil de risque de chaque fonds : prudent, équilibré et croissance.

Dans un premier temps, les Flexifonds seront admissibles au Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) et au Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR), et éventuellement au Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ainsi qu’au Régime enregistré d’épargne-études (REEE).

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Mais pourquoi diable offrir de classiques fonds communs, alors que les institutions financières en ont déjà plein leurs rayons ?

Soit dit en passant, certaines firmes québécoises se sont plaintes en coulisses que le Fonds FTQ leur livrait une concurrence déloyale en s’attaquant à leur marché, après s’être développé grâce à l’aide des gouvernements. Mais officiellement, les différents intervenants qui ont soumis leur position lors des consultations menées par l’Autorité des marchés financiers (AMF), l’hiver dernier, ont tous salué l’innovation du Fonds FTQ.

La vérité, c’est que les Flexifonds donneront accès aux épargnants québécois aux placements privés qui leur sont très peu accessibles. Ce sont surtout les grands régimes de retraite qui ont les ressources pour investir directement dans des sociétés qui ne sont pas à la Bourse.

Et les rendements sont bons ! On a longtemps critiqué les fonds de travailleurs pour leur faible performance, mais force est de constater que le Fonds de solidarité se compare avantageusement aux fonds équilibrés.

Au cours de la dernière décennie, le Fonds a livré un rendement annuel composé de 7 %, ce qui surpasse haut la main la moyenne des fonds équilibrés canadiens neutres (5,8 %).

Il faut souligner que les frais de gestion du Fonds FTQ et des futurs Flexifonds sont d’environ 1,4 % par année. C’est plus que les frais des Fonds négociés en Bourse équilibrés, qui coûtent à peine 0,2 %. Mais c’est beaucoup moins que la moyenne des fonds équilibrés, dont les frais grugent 2,1 % de l’actif des investisseurs chaque année.

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Quand on inclut l’effet des crédits d’impôt, les rendements du Fonds FTQ sont durs à battre : presque 18 % sur sept ans et 14 % sur 10 ans. Je l’ai souvent écrit et je le répète, les fonds de travailleurs sont un incontournable pour les gens qui approchent de leur retraite, en raison du bonbon fiscal.

Notez que l’autre fonds de travailleurs, Fondaction de la CSN, jouit d’un crédit un peu plus élevé (35 %) pour l’aider à atteindre une masse critique suffisante. Mais son rendement annuel composé a été plus faible (3 %) depuis 10 ans.

Avec Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD), un autre type de fonds d’investissement voué au développement économique du Québec, les investisseurs peuvent obtenir un crédit de 35 % sur une cotisation annuelle de 3000 $, ce qui représente une économie maximale de 1050 $.

Les détenteurs doivent conserver leur placement au moins sept ans. Mais depuis peu, ils ont droit à un nouveau crédit de 10 % s’ils acceptent d’engager leur capital pour une autre période de sept ans. Même pas besoin de sortir un cent de leurs poches ! Et les rendements ? 4,9 % annuel composé sur 10 ans.

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Avec tout ce capital disponible pour les PME, doit-on craindre que le marché soit saturé, surtout avec l’arrivée des futurs Flexifonds ? Cela n’inquiète pas la FTQ. « Nous avons de 80 à 100 nouveaux partenaires chaque année. Ça nous dit que nous demeurons pertinents. Il y a de la place pour encore plus de capital », m’a répondu le porte-parole Patrick McQuilken.

Les 667 000 actionnaires du Fonds auront le dernier mot. Ces derniers jours, ils ont reçu un avis de convocation pour l’assemblée extraordinaire qui se déroulera le 27 mai, à Laval. Mais il n’est pas nécessaire de se déplacer. Il est possible de voter par internet, par téléphone, par la poste et même par fax !

Si tout va rondement, les Flexifonds pourraient être sur le marché d’ici l’été. On leur souhaite bonne chance… tout en espérant que leur succès ne fasse pas la preuve que les fonds de travailleurs peuvent survivre sans crédit d’impôt.

Rappelez-vous qu’en 2013, Ottawa avait décidé de supprimer cet avantage fiscal avant de revenir sur sa décision trois ans plus tard. On ne voudrait pas que le couperet tombe à nouveau.