(Ottawa) Le nouveau premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, lance une sérieuse mise en garde au gouvernement Trudeau : le projet de loi C-69, qui resserre les évaluations environnementales des grands projets d’exploitation de ressources énergétiques, est non seulement inconstitutionnel, mais risque aussi de mettre en péril l’unité du pays.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Quelques jours à peine après avoir formé son cabinet après une victoire retentissante aux élections provinciales le mois dernier, M. Kenney a mis le cap sur Ottawa pour exhorter les membres d’un comité du Sénat qui étudie le projet de loi à le jeter aux orties — un projet de loi également rejeté par le Québec pour d’autres motifs, mais défendu bec et ongles par le gouvernement Trudeau.

« Ingérence claire »

Faisant appel à la mémoire de l’ancien premier ministre du Québec René Lévesque et à celle de l’ancien premier ministre de l’Alberta Peter Lougheed, M. Kenney a soutenu que les mesures contenues dans ce projet de loi constituent une intrusion inacceptable du fédéral dans un champ de compétence des provinces, soit la gestion des ressources naturelles.

Selon M. Kenney, le projet de loi C-69, s’il est adopté dans sa forme actuelle, rendra impossible la construction de nouveaux pipelines, ce qui mettrait du même coup gravement en danger la prospérité de l’Alberta.

« Ce projet de loi est une ingérence claire dans une juridiction exclusivement provinciale. Je suis totalement avec le Québec, qui est aussi contre le projet de loi. Ce projet de loi n’est pas sérieux parce que le gouvernement fédéral n’a pas le pouvoir constitutionnel pour s’ingérer dans les juridictions provinciales. C’était Peter Lougheed et René Lévesque qui étaient ensemble en 1981 pour protéger ces pouvoirs exclusifs des provinces. Je suis de la même tradition », a lancé M. Kenney en point de presse après son témoignage.

« Les Albertains ont contribué énormément au reste de la fédération grâce à notre prospérité et à notre industrie énergétique. Ce projet de loi [va] contre les intérêts économiques essentiels de l’Alberta. Il va alimenter le sentiment d’aliénation qu’ont les Albertains envers la fédération », a-t-il ajouté.

Rétablir la confiance des Canadiens

M. Kenney a lancé cette mise en garde quelques heures avant de rencontrer le premier ministre Justin Trudeau. Le gouvernement libéral soutient qu’il est essentiel de rétablir la confiance des Canadiens dans le processus d’évaluation afin de pouvoir réaliser de grands projets. Toutefois, les critiques jugent qu’il confère trop de pouvoir politique au cabinet fédéral.

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, qui a comparu devant le comité du Sénat après M. Kenney, s’est dite « vraiment surprise » des propos du premier ministre de l’Alberta au sujet de la possible sécession de la province. « L’investissement au Canada est aussi ma priorité numéro un. Mais il faut aussi protéger l’environnement. Les deux vont de pair au XXIe siècle », a-t-elle insisté.