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L'autodestruction d'une oeuvre de Banksy: quel impact sur le marché de l'art?

Girl with Balloon... (Photo archives AP)

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Girl with Balloon

Photo archives AP

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JEAN-LOUIS DE LA VAISSIERE
Agence France-Presse
Paris

Au-delà du «coup de pub» en forme d'acte de «rébellion» contre les ventes d'art, l'autodestruction partielle d'une oeuvre de Banksy, juste après avoir été acquise pour plus d'un million d'euros chez Sotheby's, pourrait avoir des répercussions sur le marché de l'art.

Ce n'est pas la première manifestation de révolte d'artistes depuis le mouvement Dada, à l'image de ce que pouvait faire l'artiste britannique Gustav Metzger, inventeur dans les années 60 de «l'art autodestructif».

D'autres se livrent à des provocations: ainsi, Fred Forest a vendu une oeuvre d'art virtuelle que personne ne pouvait voir. L'artiste de rue Blu a détruit rageusement ses oeuvres à Bologne.

Ce n'est pas non plus la première action rebelle de Banksy. Il a notamment fait vendre à Central Park des originaux signés, sans aucune communication, à des prix très bas. Au Louvre, il a affiché au mur de la salle de la Joconde une reproduction agrémentée d'un sourire.  

Mais ce nouveau «happening» survenu vendredi à Londres crée néanmoins un précédent et pourrait rendre «trendy» des oeuvres déchiquetées, soulignent des experts.

Pour Thierry Ehrmann, président de Artprice, spécialisé dans les cotations du marché de l'art, «le prix actuel» de Girl with Balloon, la toile qui s'est autodétruite, devrait «se situer au-delà de deux millions d'euros».

«Il s'agit d'une performance empruntée au ready-made de Marcel Duchamp. La grille de lecture est que son art vient de la rue où l'éphémère est le parent naturel du street art», dit-il à l'AFP.

«Être vigilants»

Banksy, qui a contribué à introduire cet art de rue sur le marché de l'art, «peut bien détruire son oeuvre et croire nuire aux capitalistes qui l'acquièrent: il se méprend. Les résidus de cette destruction s'auréoleront d'un prestige nouveau et d'une valeur financière de surcroît», relève Mikaël Faujour de la revue Artension.

«Tout ceci illustre la profonde illusion où se fourvoient ceux qui conçoivent l'art comme un outil de changement de la société».

Un phénomène irrévérencieux qui ne va pas amener dans son sillon la chute du marché de l'art mais qui y instaure une incertitude durable, estiment plusieurs experts.  

Désormais, tout commissaire qui abattra le marteau pour une oeuvre de Banksy «se demandera s'il va se passer quelque chose», estime Arnaud Oliveux, expert en charge d'une vente le 24 octobre chez Artcurial à Paris où doivent être cédés trois sérigraphies et un objet (un rat en résine qui tient un pinceau) signés Banksy.  

«Nous allons être vigilants», annonce à l'AFP avec humour cet expert de l'art urbain, qui n'a pas très envie de se faire «bankser» à son tour.  

«L'artiste ne voulait pas que l'oeuvre soit détruite entièrement. Elle devient autre chose, aussi du fait du buzz sur les réseaux sociaux. La maison de ventes (Sotheby's) est devenue actrice de la performance, et l'oeuvre est devenue iconique», relève Arnaud Oliveux.

Le maison d'enchères avait assuré avoir été prise de court.

Jeudi soir, elle a annoncé que la vente avait bien été validée et l'oeuvre renommée Love is in the bin (L'amour est à la poubelle). «Bansky n'a pas détruit une oeuvre d'art lors des enchères, il en a créé une», affirme Alex Branczik, chef du département d'art contemporain Europe de Sotheby's, dans un communiqué.  

Quant à l'acheteuse, une collectionneuse européenne précise Sotheby's, elle explique avoir «d'abord été choquée». «Mais graduellement j'ai réalisé que j'allais posséder mon bout d'histoire de l'art», ajoute-t-elle dans le communiqué.

Les connaisseurs sont tous d'accord pour reconnaître que cette autodestruction était «un coup bien monté». Même si de nombreuses zones d'ombres persistent.

Pour l'expert du Monde Harry Bellet, «il y avait sûrement quelques-uns de la bande à Banksy dans la salle».  

La broyeuse que Banksy a prétendu dans une video avoir cachée dans le cadre du tableau et qui a déchiré la toile, aurait dû être découverte, car de telles oeuvres sont soumises à des inspections poussées pour s'assurer qu'elles ne sont pas abîmées, relèvent certains.

Et quid de la batterie ? Un complice de Banksy est-il venu la recharger quelques jours avant la vente ? Outre les prix, le dernier «coup» de Banksy, digne d'un stratagème d'Arsène Lupin, continue de faire grimper la perplexité.




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