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La fin des déficits-surprises

Avec le rapport d'hier, le déficit de Nicolas... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Avec le rapport d'hier, le déficit de Nicolas Marceau à 1,75 milliard, qui était «ambitieux», devient clairement irréaliste. Il faut dire que le gouvernement péquiste avait annoncé tous azimuts une orgie de promesses dans le mois qui a précédé le déclenchement des élections.

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(QUÉBEC) Il y a l'approche facile: dire «ç'a toujours été comme ça!»

Le gouvernement Couillard a découvert hier que le déficit laissé par le précédent gouvernement était de 4 milliards de dollars plus élevé que prévu, constate le vérificateur général du Québec, Michel Samson. Si rien n'était fait, on serait «potentiellement» à 5,6 milliards de déficit pour 2014-2015.

Tout de suite, les précédents apparaissent. En 1994, nouvellement élu, le gouvernement Parizeau avait découvert que le déficit libéral aurait été de 5,9 milliards au lieu des 3,9 milliards inscrits dans le budget d'André Bourbeau. «C'était de la pure démagogie», martelait encore hier le libéral. Son successeur péquiste, Jean Campeau, au hasard d'un point de presse, avait dit candidement qu'il n'avait pas eu de mauvaise surprise en ouvrant les livres de son ministère. «Parizeau et sa gang lui avaient tapé sur les doigts», soutient Bourbeau. Quelques jours plus tard, Campeau corrige le tir; Bourbeau devient tout à coup «l'homme de 6 milliards». Campeau propose son premier et seul budget. Le Québec sera décoté par la firme Moody's.

On rejoue dans le même film quand les libéraux reviennent au pouvoir en 2003. Le gouvernement Charest engage l'ex-vérificateur général Guy Breton, qui découvre une «impasse» de 4,3 milliards. Comme aujourd'hui, on comptabilise des dépenses envisagées, mais pas encore budgétées par le gouvernement Landry. «Pour moi, c'est encore un mystère, a dit M. Landry hier. M. Breton avait prétendu qu'on avait un déficit abyssal! Or, il était notre vérificateur général, et on avait construit notre modèle sur ses recommandations. Une fois engagé par le gouvernement libéral, avec d'autres normes, il arrive à d'autres chiffres.» Ce déficit-surprise n'empêchera pas le ministre Yves Séguin de présenter un budget équilibré, quelques semaines plus tard.

Un autre jour de la marmotte? Arrivé au pouvoir, le gouvernement Marois découvre lui aussi que le tableau des finances publiques est plus noir que prévu. Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, estime que 1,6 milliard de dollars de dépenses avaient été occultés dans les livres libéraux. De nombreux projets d'immobilisation ont été annoncés sans être budgétés, accuse-t-on avec en main une étude «indépendante» de KPMG-Secor.

Des différences...

Mais le rapport déposé hier par le vérificateur général Michel Samson rompt avec le passé sous plusieurs aspects.

À mots couverts, on comprend qu'il est furieux d'avoir été berné quand il a fait la même démarche en février dernier. À l'époque, le gouvernement Marois avait à contrecoeur accepté qu'il jette un regard indépendant sur les chiffres des Finances.

Sans ménagement, M. Samson a révélé hier que les hauts fonctionnaires des Finances avaient donné à leurs collègues du Trésor la consigne de ne pas divulguer leurs chiffres.

Une commande politique? Il avoue ne pas le savoir. «Je ne sais pas s'ils ont caché des choses, mais ce n'était pas transparent.» Ce qui est sûr, c'est que c'est un tableau bien tronqué de la réalité que le vérificateur, sans trop sourciller, nous avait relayé en février dernier.

Prudent, il avait alors qualifié «d'ambitieux» l'objectif d'un déficit de 1,75 milliard pour 2014-2015. La réalité sera tout autre: les demandes des ministères et les annonces empilées durant l'automne et le printemps préélectoral faisaient en sorte que le déficit «potentiel» serait plutôt de 5,6 milliards. Une erreur de 4 milliards. On en est aux mesures «structurantes», comme la rémunération du secteur public, si on veut redresser les finances publiques, prévient M. Samson. Le gel de l'embauche n'est qu'un geste temporaire, cosmétique.

Avec le rapport d'hier, le déficit de Nicolas Marceau à 1,75 milliard, qui était «ambitieux», devient clairement irréaliste. Il faut dire que le gouvernement péquiste avait annoncé tous azimuts une orgie de promesses dans le mois qui a précédé le déclenchement des élections.

Ce sont des annonces évaluées à 1,2 milliard qui ont été faites: de la politique économique, au coût de 349 millions, au décaissement de 112 millions pour Lac-Mégantic en passant par les 110 millions de la caisse économie. Il est certain que, réélu, le gouvernement Marois aurait annoncé le report de plusieurs de ces promesses. Mais il avait choisi de ne pas s'astreindre à déposer des crédits, une opération qui aurait révélé beaucoup de ces astuces politiques.

Elle est passée presque inaperçue, mais une promesse électorale de Philippe Couillard prendra désormais tout son sens. À l'avenir, le vérificateur général sera appelé à statuer sur l'état des finances publiques quelques semaines avant le déclenchement des élections, désormais à date fixe. Déjà, c'était la fin du jeu du chat et de la souris sur la date des élections.

On reléguerait aux oubliettes ces manoeuvres politiciennes, récurrentes, autour de l'état réel des finances publiques. La fin du cynisme... peut-être.




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