Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, voit des signes persistants d'amélioration en zone euro, bien que les incertitudes demeurent, selon deux entretiens à la presse à paraître vendredi.

Publié le 23 févr. 2012
AGENCE FRANCE-PRESSE

«L'incertitude demeure élevée», a dit M. Draghi au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. Mais il voit toutefois persister les signes positifs pour la conjoncture européenne qu'il évoque depuis janvier.

«Le marché financier est plus stable. Beaucoup de gouvernements ont pris des décisions de consolidation budgétaire et de réformes structurelles. (...) Le système bancaire a l'air moins fragile qu'il y a un an. Certains marchés obligataires se sont repris», a-t-il énuméré dans une autre interview au Wall Street Journal, diffusée elle aussi à l'avance.

«L'activité économique en zone euro se stabilise progressivement à un niveau modéré», a-t-il dit, excluant que la région traverse une «décennie perdue», avec une faible croissance, comme observé au Japon.

Interrogé par ailleurs sur les éventuels effets inflationnistes des prêts à trois ans de la BCE en faveur des banques (le premier de 489 milliards d'euros en décembre, le second le 29 février), redoutés par la Banque centrale allemande, il a rétorqué qu'il n'y avait «aucun signe inflationniste dans la zone euro. Et s'il y en a, nous avons les instruments pour réabsorber les liquidités en peu de temps».

Toujours concernant ces prêts, dont l'objectif est d'éviter un effondrement du crédit dans la région, M. Draghi a souligné que «les banques prenaient leurs propres décisions» quant à l'utilisation des fonds.

«Nous préférerions qu'elles prêtent l'argent aux entreprises et aux ménages», a-t-il dit, alors que d'aucuns ont vu dans cette mesure un appel envers les banques à réinvestir leurs liquidités en obligations souveraines de la zone euro.

Il juge que l'opération a été sous-estimée à son annonce car «beaucoup de gens attendaient (plutôt) que la BCE élargisse son programme de rachat d'obligations publiques, le fameux 'bazooka'».

«Peut-être aurais-je dû appeler la mesure 'Big Bertha' quand je l'ai annoncée, pour être entendu de tous?», a-t-il ajouté ironiquement dans les colonnes du FAZ.

Quant aux rachats d'obligations publiques sur le marché secondaire, mesure lancée au printemps 2010 mais qui ne sert guère ces dernières semaines, il a exclu que la BCE y mette un terme définitif pour l'instant car «les marchés sont encore vulnérables».

Enfin, sur la Grèce, M. Draghi a souligné les efforts faits par le pays et la prise de conscience de ses politiques de leurs responsabilités.

Dorénavant «le plus gros risque» en provenance d'Athènes «est l'absence de mise en oeuvre» de tout ce qui a été décidé. «J'étais surpris moi aussi du manque d'enthousiasme (des investisseurs) après les décisions sur le nouveau programme (d'aide à la Grèce)», a-t-il au WSJ, «cela veut probablement dire que les marchés veulent d'abord voir la mise en oeuvre des mesures».