L'agence de notation Moody's a jeté lundi une ombre sur le triple «A» de la France, une remise en cause de la note souveraine de ce pays redoutée par les marchés, après l'abaissement de la note américaine début août et dans le contexte de la crise de la dette.

Olivier Baube AGENCE FRANCE-PRESSE

Moody's, l'une des trois principales agences d'évaluation financière dans le monde, s'est donné trois mois pour déterminer si la perspective «stable» dont bénéficie la note de la France était toujours justifiée au vu de la dégradation de la situation économique.

La France bénéficie actuellement de la meilleure note possible de la part de Moody's, le fameux «Aaa», comme de la part de ses grandes concurrentes Standard & Poor's et Fitch Ratings. Cette note élevée lui permet d'emprunter sur les marchés dans des conditions très favorables pour financer ses déficits budgétaires.

Si la perspective de cette note devait être revue à «négative», cela impliquerait que Moody's serait susceptible de l'abaisser à moyen terme. Et la France deviendrait ainsi le nouveau grand pays, après les États unis, à perdre ce sésame auprès des marchés. L'agence Standard & Poor's a privé le 6 août les États-Unis de leur triple «A», pour la première fois de leur histoire.

«Il ne faut pas se voiler la face, c'est une mauvaise nouvelle pour la France qui fragilise ses conditions d'emprunt sur les marchés», a commenté Yves Marçais, vendeur d'actions chez Global Equities.

Sur le marché obligataire, l'écart entre le taux des obligations d'État françaises à 10 ans (OAT) et celui des titres d'État allemands de même maturité (Bund) a atteint un record mardi. Pour la première fois, l'écart entre les taux des deux pays a dépassé un point de pourcentage, pour atteindre 103 points de base (1,03 point) ce matin, contre 95 points de base (0,95 point de pourcentage) lundi.

L'avertissement de Moody's remet aussi en cause, aux yeux des analystes, la crédibilité de l'un des principaux contributeurs, avec l'Allemagne, au Fonds européen de stabilité financière (FESF).

«Ce fonds est-il crédible si même les pays qui portent secours aux autres ne sont pas solides ?», s'interroge ainsi M. Marçais.

Les meilleurs élèves dans la zone euro, qui bénéficient du triple «A» chez les trois grandes agences de notation - les américaines Moody's et Standard & Poor's et la franco-américaine Fitch -, sont l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Or, la «France pourrait faire face à un certain nombre de défis dans les mois à venir  - comme par exemple la nécessité d'apporter un soutien additionnel à d'autres pays européens ou à son propre système bancaire, ce qui pourrait accroître de manière significative les engagements que doit supporter le budget du pays», a relevé Moody's.

Le ministre français de l'Économie, François Baroin, s'est voulu rassurant, affirmant que Paris mettrait «tout en oeuvre» pour conserver sa précieuse note. Mais il a admis que la croissance 2012 du pays pourrait être inférieure aux prévisions officielles.

Sans surprise, la Bourse de Paris a sanctionné la décision de Moody's avec à la mi-journée un le CAC 40 en recul de 1,70%.

Les autres Bourses européennes ont également accusé le coup, confirmant une baisse déjà enregistrée la veille. Les marchés restaient affectés par les propos de dirigeants allemands qui ont écarté la veille toute sortie rapide à la crise.

La déception des investisseurs est «à la hauteur des espoirs mis dans les annonces des prochains sommets» européens du 23 octobre et du G20 des 3 et 4 novembre, ont ainsi souligné les analystes de Natixis.

L'Espagne est toutefois parvenue mardi à emprunter 4,602 milliards d'euros sur 12 et 18 mois, en obtenant des taux stables par rapport aux dernières émissions, et cela malgré la dégradation récente de la note souveraine de l'Espagne par les agences de notation Standard & Poor's et Fitch.