La place publique s'est déplacée sur Internet. Les malfaiteurs aussi. Et ils s'en félicitent.    

Publié le 19 mars 2011
Marc Tison
Marc Tison LA PRESSE

Faites un test. Demandez à la ronde combien de personnes ont été victimes d'une tentative de vol de leur portefeuille. Puis demandez combien ont subi un clonage de leur carte de crédit, de débit, ou une autre manoeuvre frauduleuse en ligne.

Et toc. Vous avez compris.

«On obtient bien plus d'argent avec la fraude qu'avec un vol de banque», observe Geneviève Bruneau, porte-parole de la Sûreté du Québec. Et avec bien moins de risque de se faire trouer la peau.

Les malfaiteurs cherchent les victimes où elles sont les plus faciles à trouver et à détrousser. «En 2009, plus de 80% des Canadiens étaient en ligne et passaient plus de temps à surfer sur internet que dans tout autre pays», indique Lisa Campbell, sous-commissaire pour les pratiques des affaires, au Bureau de la concurrence du Canada.

Les fraudeurs visent les gens les plus vulnérables en profitant de leurs préoccupations... et de l'actualité.

Le tremblement de terre et le tsunami au Japon ont immédiatement suscité des demandes de contribution par courriel à de faux organismes charitables, à but très lucratif. «À peine 24 heures après un désastre naturel, on a déjà des plaintes», signale Paul Proulx, sergent d'état-major à la GRC et gestionnaire principal du Centre antifraude du Canada - l'ancien Phonebusters.

Pendant la dernière crise économique, les fausses propositions de prêts, de bourses, d'emplois bien rémunérés (et à basse qualification) se sont multipliées comme les nids-de-poule au printemps.

Habiles et sophistiqués

Les fraudeurs sont de plus en plus habiles à profiter des moindres bribes d'information recueillies sur l'internet. Des jeunes partent se requinquer en République dominicaine et le clament à tout vent électronique? Un courriel d'appel à l'aide - et d'argent - en leur nom est envoyé à leurs grands-parents, leur demandant d'urgence 1000$ pour les dépêtrer discrètement d'une situation délicate. «Beaucoup de gens ont répondu à la demande, parce que les fraudeurs ont suffisamment d'informations pour avoir l'air légitime, indique Lisa Campbell. Les fraudeurs sont de plus en plus sophistiqués.»

Comme les pickpockets d'antan, ils sont redoutables d'habilité - une maîtrise forgée par l'entraînement, comme les illusionnistes qu'ils sont en réalité. «Ce sont des professionnels, observe Paul Proulx. Ils se sont fait dire non souvent. Ils deviennent bons.»

Selon les estimations de la sous-direction des délits commerciaux de la GRC, la fraude soutirerait de 10 à 30 milliards de dollars (milliards!), par année (!!!) aux Canadiens, autant que le trafic de drogue. On estime que 80% de ce 'chiffre d'affaires' est réalisé par des organisations criminelles, «et non par des jeunes qui pianotent sur leur ordinateur», précise Paul Proulx.

Selon le rapport annuel publié cette semaine par le Centre antifraude du Canada, 18 146 Canadiens y ont déclaré un vol d'identité en 2010, dans lesquels ils ont perdu un total de 9,4 millions.

Quelque 13 600 victimes - canadiennes et américaines - ont rapporté au Centre une escroquerie de marketing de masse. Leurs pertes se sont élevées à 53,8 M$.

De tous âges

Ces victimes sont surtout des personnes âgées? Détrompez-vous. C'est dans la tranche d'âge des 40 à 49 ans que les pertes monétaires des Canadiens ont été les plus élevées, presque deux fois plus que dans n'importe quelle autre cohorte.

Vous en êtes victime? Avisez immédiatement votre institution financière et le Centre antifraude du Canada, «même si c'est juste un montant de 100$, insiste Lisa Campbell. Il est fort probable que 1000 autres personnes auront été affectées. Les fraudeurs visent des petits montants que les gens ne jugeront pas utiles de rapporter.»