Le gouvernement Charest n'arrive pas à freiner la croissance de ses dépenses comme il s'y était engagé. Il dépensera 1,34 milliard de dollars de plus que prévu cette année, ce qui explique en partie la hausse du déficit.

Mis à jour le 18 mars 2011
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard LA PRESSE

Le gouvernement a dû faire face à des imprévus, selon le ministre des Finances, Raymond Bachand. «Il arrive en cours d'année des impondérables, et c'est comme ça dans la vie de tous les gouvernements», a-t-il dit en conférence de presse, hier.

La présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, a nié tout dérapage. «C'est faux de dire qu'on ne contrôle pas nos dépenses», a-t-elle lancé.

Dans le plan qu'il avait présenté l'an dernier pour le retour à l'équilibre budgétaire en 2013-2014, Raymond Bachand avait promis de limiter la croissance des dépenses à 2,8% cette année. L'augmentation sera finalement de 3,7%. L'écart représente 1,34 milliard de dollars.

Les dépenses atteindront donc 65,8 milliards en comptant divers fonds spéciaux, par exemple pour les routes et le financement du régime de soins médicaux. Si l'on tient compte de l'ensemble du portrait financier, y compris du service de la dette et les comptes de tous les organismes, Québec dépensera 84,3 milliards dans la prochaine année.

Québec explique la hausse de 1,34 milliard par une série de décisions qui entraînent des coûts supplémentaires: augmentation de la provision pour créances douteuses (352 millions), nouvelles évaluations actuarielles du régime de retraite des employés du secteur public (357 millions), équité salariale (217 millions) et entente avec les responsables de services de garde en milieu familial (137 millions). Les mesures annoncées dans le budget coûteront 120 millions de dollars, des dépenses que l'on ne peut qualifier d'«impondérables». Enfin, près de 160 millions de dollars en dépenses additionnelles sont résumés en deux mots: «Autres révisions.»

Raymond Bachand a renoncé à faire de nouvelles compressions pour payer ces dépenses supplémentaires et respecter la cible de croissance qu'il s'était fixée. «Les évaluations actuarielles, ça arrive au mois d'octobre et novembre, et c'est 357 millions. Qu'est-ce que vous faites? Moi, je ne peux pas demander à Michelle Courchesne en cours d'année de couper 357 millions. Alors, on l'absorbe, on l'intègre dans le plan et on maintient le cap de retourner à l'équilibre budgétaire» en 2013-2014, a-t-il dit.

Michelle Courchesne dit avoir pris des mesures pour limiter la croissance des dépenses. Les coûts de l'administration publique ont été réduits de 1,37 milliard, plus que prévu. Par exemple, la limitation des hausses de salaires et le gel de la masse salariale ont permis des économies de 530 millions. L'augmentation des dépenses aurait été plus importante si ces mesures n'avaient pas été mises en place, a fait valoir Mme Courchesne. Elle a ajouté que la croissance des dépenses est inférieure à la moyenne de 5,8% enregistrée entre 2006-2007 et 2009-2010. Le gouvernement a voulu préserver les services publics et éviter les «coupes drastiques», a-t-elle noté.

Les dépenses de programmes, dans les ministères seulement, augmentent de 1,465 milliards (2,4%) pour atteindre 61,3 milliards. La santé se taille une fois de plus la part du lion avec une augmentation de 1 milliard de dollars, à quoi il faut ajouter 575 millions provenant d'un fonds financé par la contribution santé. La hausse totale s'élève à 5%.

Le budget de l'Éducation fait un bond de 2,2% (328 millions). Celui de la Famille augmente de 6,1%. Les 137 millions supplémentaires serviront essentiellement à payer l'entente avec les responsables de service de garde.

Les dépenses des autres ministères diminuent de 0,2%, c'est-à-dire de 25 millions.