Tiraillé entre ceux qui réclament plus d'argent et ceux qui refusent de payer davantage, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a un allié solide pour mener à bien le retour du Québec au déficit zéro en 2013-2014 : la croissance économique.

Mis à jour le 17 mars 2011
Hélène Baril
Hélène Baril LA PRESSE

La croissance a été au rendez-vous, à un niveau supérieur aux prévisions depuis le dépôt de son dernier budget, il y a un an, ce qui l'aide grandement à garder le cap avec celui qu'il dépose aujourd'hui.

«Il pourrait même y avoir une petite surprise du côté des revenus», croit Yves St-Maurice, économiste en chef adjoint chez Desjardins.

La reprise économique a déjà fait son oeuvre. Le déficit de 2009-2010 a été inférieur de 1,1 milliard de dollars à ce qu'avait prévu le ministre des Finances dans son dernier budget.

Selon ses prévisions, le déficit devrait passer de 4,6 milliards, pour cette année qui prend fin le 31 mars, à 3,2 milliards, en 2012-2013, pour être éliminé l'année suivante, en 2013-2014.

«Il rêve en couleurs, ce n'est pas possible», s'était dit l'économiste Jean-Michel Cousineau l'an dernier, après avoir pris connaissance du plan d'élimination du déficit proposé par Raymond Bachand.

Un an plus tard, il pense que le gouvernement peut respecter les engagements de son dernier budget, tout en gardant «un sain scepticisme».

C'est qu'une bonne partie du plan dépend de la capacité du gouvernement à restreindre ses dépenses, explique-t-il au cours d'un entretien avec La Presse Affaires. «Or, on n'a jamais vu dans le passé un gouvernement qui réussit à réduire ses dépenses en santé», nuance-t-il.

Le budget de la santé, qui compte pour 45 % de toutes les dépenses publiques, croît plus vite que l'économie du Québec et le ministre des Finances s'est engagé à limiter cette croissance galopante à 5 % par année.

L'ensemble des dépenses gouvernementales ne devrait pas croître plus vite que 2,9 % annuellement.

Or, du côté des dépenses, ce qui se passe depuis un an est plutôt étonnant. «Dans son dernier rapport mensuel, on apprend que les dépenses totales ont augmenté de 2,9 % entre avril et décembre, note l'économiste de Desjardins. C'est en plein sur la cible».

1,1 milliard à trouver

Si le ministre des Finances a atteint son objectif du côté de la croissance des dépenses, le reste du chemin pour retrouver l'équilibre budgétaire est déjà connu ou presque. Une nouvelle hausse de la taxe de vente est prévue pour le 1er janvier 2012, la contribution pour la santé passera de 25 à 100 $ cette année et à 200 $ l'an prochain, et les tarifs d'électricité augmenteront de 3,7 % par année à partir de 2014.

Il reste un trou de 1 milliard à combler pour éliminer le déficit en 2013-2014, dont 300 millions pour 2011-2012.

Ces 300 millions seront probablement trouvés dans les tarifs de toutes sortes, dont le gouvernement a déjà annoncé la mise à niveau et l'indexation annuelle. Ça ne devrait pas faire trop mal aux contribuables, qui auront par ailleurs à encaisser une augmentation de leur contribution au Régime des rentes du Québec.

Le retour au déficit zéro n'est pas ailleurs qu'une première étape, assez urgente, du rétablissement des finances publiques, souligne Yves St-Maurice. Il faudra ensuite s'attaquer à la réduction de la dette, estime-t-il. Dès 2013, la population en âge de travailler commencera à diminuer au Québec, ce qui signifie qu'il y a aura moins de travailleurs pour financer un nombre croissant de bénéficiaires de soins de santé gratuits ou presque.

Le plan de match du ministre Bachand pour la suite des choses devrait d'ailleurs se retrouver dans le budget d'aujourd'hui.

La loi sur le déficit zéro, qui empêchait le gouvernement de faire des déficits deux années de suite, a été suspendue en 2009 à cause de la récession.

Le gouvernement avait promis de réintroduire cette loi en 2011-2012, rappelle Luc Godbout, professeur à l'Université de Sherbrooke et spécialiste des finances publiques.

Il s'attend donc à ce que le ministre des Finances fasse part de ses objectifs pour revenir à la situation qui prévalait avant la récession.