Le financier Nil Lapointe était perçu comme un gourou par certains fidèles de son organisation, Tanzanite. L'homme avait trouvé LE moyen d'obtenir des rendements de 5% par mois grâce à un «robot qui investissait dans les matières premières à tous les mois».

Mis à jour le 18 févr. 2010
Francis Vailles
Francis Vailles LA PRESSE

À la suite du reportage de samedi, La Presse Affaires a reçu des témoignages de la part de victimes. Nil Lapointe, rappelons-le, s'est suicidé le lundi 8 février dans sa résidence de Saint-Sauveur, selon nos informations. Dans un courriel, il a avisé les investisseurs que leurs fonds ont été perdus, contrairement à ce qu'il leur laissait croire depuis trois ans.

Selon un investisseur qui se fait appeler Joe, Nil Lapointe et son associé, Claudé V. Hamel, tenaient des réunions avec les investisseurs tous les deux ou trois mois, environ. Au moins 400 personnes assistaient aux réunions du soir et presque autant à celles de l'après-midi, estime Joe.

Les rencontres avaient lieu au Manoir Saint-Sauveur, à l'hôtel Sheraton de Laval ou au Best Western de Saint-Jérôme. Le prix d'entrée était de 10$ par personne.

«Pour certains, Nil Lapointe était le Bon Dieu en personne, un genre de gourou», nous dit-il.

Ce résidant des Laurentides et sa conjointe estiment qu'il faut parler d'au moins 500 investisseurs floués dans cette affaire, un chiffre également avancé par une autre victime. Eux-mêmes ont investi 30 000$ avec Tanzanite et se qualifient dans la «basse moyenne».

Une somme globale d'investissements de 15 à 100 millions de dollars pourrait donc être en jeu, selon les témoignages, mais il est possible que cette somme inclue les intérêts accumulés. Aucun document ne nous a été transmis pour confirmer cette somme.

Croissance personnelle

Les réunions duraient trois heures et avaient davantage des allures de séminaires de croissance personnelle. «Ce n'était pas nécessairement des réunions pour faire des investissements, mais pour nous faire cheminer vers notre indépendance financière. C'était des genres de pep talk», nous explique Joe.

Une petite partie de chaque réunion traitait des derniers développements concernant leurs investissements. «Tous les mois, un robot investissait dans les matières premières et le pétrole (...) On se faisait dire que l'organisation faisait de meilleurs rendements parce qu'elle n'avait pas de contraintes frontalières», nous dit Joe.

Une procédure avait été imposée aux membres du groupe pour récupérer leurs intérêts. L'une des exigences était d'assister aux réunions «pour parfaire nos connaissances».

Les investisseurs faisaient alors la file pour recevoir leurs intérêts au comptant dans une enveloppe. Certains des investisseurs retiraient suffisamment d'argent de Tanzanite pour ne plus travailler. La plupart ne déclaraient rien au fisc.

«Le plus que j'ai reçu, c'est 500$, mais je connais une personne qui recevait 2000$ chaque fois. Cette personne avait réhypothéqué sa maison pour 200 000$ et utilisé ses cartes de crédit (...) Elle est dévastée par la nouvelle, inconsolable», explique Joe.

Pour ceux qui avaient peu de moyens, on a parfois suggéré d'emprunter sur différentes cartes de crédit à répétition et de profiter des rendements rapides pour rembourser éventuellement leurs comptes.

L'enveloppe de billets de banque mensuelle pouvait aussi être récupérée au bureau de Montréal de Tanzanite, situé au 7777, boulevard Louis-H. Lafontaine, dans l'arrondissement d'Anjou, nous a dit Joe.

Sur place, La Presse a constaté que le petit bureau porte l'enseigne de Claudé V. Hamel. Personne ne répond à la porte. L'associé de Nil Lapointe ne répond pas davantage au téléphone. Sa boîte vocale étant pleine, nous n'avons pu laisser de messages.

Parfois, Nil Lapointe et Claudé Hamel invitaient des conférenciers aux séminaires. Ce fut le cas en octobre 2006, au Château Bromont, avec le motivateur philosophe Pierre Morency. La conférence de croissance personnelle a duré 90 minutes.

Jointe au téléphone, la porte-parole de Pierre Morency, Martine Meilleur, a reconnu que Pierre Morency a donné l'une de ses 867 conférences au groupe de Nil Lapointe, mais elle affirme qu'il n'a absolument rien à voir avec Tanzanite. Pierre Morency est aussi conférencier pour de grandes institutions financières canadiennes, dit Mme Meilleur, qui n'avait rien à cacher à La Presse Affaires.

Les problèmes ont commencé en 2006. Nil Lapointe a alors raconté aux investisseurs que les fonds étaient bloqués en Europe. Pendant trois ans, le gourou a réussi à maintenir les investisseurs en état d'attente. Il a même été question de discussions avec la Banque centrale européenne (BCE).

Entre le moment de son investissement, à la fin de 2004, et le blocage, en 2006, Joe et sa conjointe ont récupéré au comptant environ 7000$ des 30 000$. «Je suis peut-être naïf, mais est-ce vraiment une fraude? Je ne sais pas.»

À l'Autorité des marchés financiers (AMF), le porte-parole, Sylvain Théberge, nous indique qu'une enquête est en cours depuis un certain temps. Il ne peut nous dire si des perquisitions ont été effectuées.