Toute stratégie de placement repose sur les perspectives des marchés financiers, qui, elles, découlent des prévisions économiques.

Jean Gagnon, collaboration spéciale
Jean Gagnon, collaboration spéciale LA PRESSE

Pour l'année 2010, le consensus des prévisionnistes mise sur une reprise de la croissance économique faible à modérée. Sur des marchés boursiers qui prendront du tonus, sans pour autant s'envoler comme ce fut le cas à partir de mars 2009 jusqu'à la fin de l'année. Sur des perspectives favorables pour les «blue chips» et les Bourses des pays émergents. Sur une hausse des prix des ressources. Et sur une hausse des taux des obligations à long terme.

Mais parce que la récession que nous venons de traverser n'a rien en commun avec les précédentes, David Rosenberg, stratégiste en chef chez Gluskin Sheff&Associates, met en doute les conclusions du consensus. Et il rappelle la règle: «Lorsque tous les stratèges et les experts sont du même avis, quelque chose de différent va arriver.»

Ce que nous avons vécu au cours des deux dernières années a toutes les allures d'une dépression, selon M. Rosenberg.

Bien que la bulle du crédit ait éclaté, il faudra encore beaucoup de temps pour que les dettes des ménages s'apparente davantage à leurs revenus disponibles. «Cette transition ne se fera pas sans peine, nous devrons subir les conséquences des excès passés», a-t-il confié récemment à un quotidien torontois.

La marge d'erreur associée aux prévisions économiques pour l'année à venir est sûrement très élevée compte tenu que la crise de crédit n'est pas résorbée, selon lui.

La hausse ininterrompue des marchés boursiers depuis mars dernier indique que l'appétit pour le risque est de retour.

«De se commettre aussi prématurément dans les placements risqués sera probablement reconnu comme une erreur lamentable au cours des prochaines années», conclut David Rosenberg.

Il suggère que les investisseurs optent plutôt pour des stratégies de placement défensives, en minimisant la volatilité et les risques de baisse.

Les titres à revenu fixe et les secteurs boursiers qui ne font pas appel aux ressources et aux matières premières offrent les meilleures chances de préserver le capital, selon lui.

Gary Shilling, éditeur de la réputée lettre financière américaine Insight, croit que l'économie américaine retombera carrément en récession. Que doit alors faire l'investisseur? Voici les placements qu'il recommande.

Acheter les obligations à long terme du gouvernement américain. Le taux sur ces titres à long terme a touché 2,6% à la fin de l'année 2008, au plus fort de la crise de crédit. Il se situe aujourd'hui à 4,7%.

Un retour en récession ramènera ce taux à 3%, selon Gary Shilling.

Acheter des titres, actions et obligations qui produisent des revenus, telles les obligations des sociétés de grande qualité, les obligations municipales, les actions des sociétés d'utilité publique, de produits de consommation et de soins de santé.

Acheter le dollar américain. Au printemps 2009, les craintes d'un écroulement du système financier se sont dissipées, et le dollar américain qui servait alors de refuge s'est mis à baisser et a perdu 16% de sa valeur. Si l'espoir d'une reprise économique rapide et soutenue s'estompe, le dollar américain redeviendra en demande, selon M. Shilling.

Vendre les actions américaines en général. Les prévisions de profits des stratèges pour l'année 2010 sont beaucoup trop élevées, ce qui place la valorisation boursière à un niveau très vulnérable, selon lui. Vendre à découvert les indices boursiers par l'achat de fonds négociés en bourse inversés, c'est-à-dire des fonds qui s'apprécient lorsque les marchés baissent, lui apparaît comme une idée prudente.