Les crises se suivent et se ressemblent. Et bien que la crise financière amorcée en 2008 n'ait été surpassée que par celle de la Grande Dépression des années 30, les investisseurs ne se comportent pas différemment que lors des crises précédentes, telle la crise asiatique de 1997-1998, ainsi que celle qui a suivi les attentats terroristes de septembre 2001.

Jean Gagnon, collaboration spéciale
Jean Gagnon, collaboration spéciale LA PRESSE

On assiste une fois de plus au comportement classique des investisseurs en période de grande volatilité des marchés, explique Jean-Paul Giacometti, associé chez Claret, une firme de gestion de portefeuilles de Montréal.

«Lorsque la tempête a atteint son paroxysme, les investisseurs ont couru aux abris. Et lorsque le soleil est ressorti et que le risque semblait avoir disparu, ils ont commencé à revenir», dit-il.

Il déplore qu'encore cette fois beaucoup de gens aient liquidé des placements au pire moment.

«Plusieurs n'ont pas pu résister au besoin d'arrêter l'hémorragie», dit-il.

M. Giacometti déplore également que bien d'autres n'aient pas profité de l'occasion qui s'offrait à eux de regarnir leurs portefeuilles d'actions lorsque les cours étaient dépréciés.

Bien que ce comportement soit à l'image de ce qui s'est produit lors des crises précédentes, les experts s'entendent toutefois pour dire que l'amplitude du recul des marchés à l'automne 2008 et durant les deux premiers mois de 2009 a sûrement rendu les investisseurs plus craintifs qu'à l'habitude.

Réticence au rééquilibrage

Lorsque les marchés boursiers baissent de façon importante, comme ce fut le cas en début d'année, les investisseurs se retrouvent avec des portefeuilles qui ne respectent plus la répartition d'actifs qu'ils s'étaient fixée.

En d'autres mots, la valeur de la portion en actions est trop basse comparativement à la portion en obligations.

Idéalement, c'est à ce moment qu'il faut rééquilibrer les portefeuilles en achetant de nouvelles actions afin de profiter pleinement d'une amélioration subséquente des marchés.

C'est là qu'on a constaté la grande nervosité des investisseurs, explique Jean-Pierre Duguay, conseiller financier à la Financière Banque Nationale.

«En mars, les investisseurs ne voulaient pas d'emblée rééquilibrer leurs portefeuilles ; depuis l'été, c'est plus facile de les amener à le faire», dit-il.

On doit en déduire qu'au printemps le rééquilibrage était rendu trop difficile parce que les investisseurs se retrouvaient devant des pertes sur papier importantes et qu'ils se sentaient incapables de supporter un risque additionnel.

Manque d'information

Si le comportement typique des investisseurs est de suivre les événements, et non pas de les précéder, c'est parce que les gens ont seulement une idée générale de ce qui se passe et qu'ils manquent d'information factuelle, explique Christian Charest, rédacteur en chef chez Morningstar.

L'univers des fonds communs de placements est à nouveau un bel exemple de ce phénomène.

Même après la reprise des marchés boursiers amorcée au mois de mars, les ventes de fonds de titres à revenu fixe, c'est-à-dire les obligations, continuent d'augmenter, alors que pour les fonds d'actions, les rachats excèdent les ventes, note M. Charest.

«Cette tendance vers une plus grande prudence de la part des investisseurs est habituelle», dit-il.

Les retraités

Chez les retraités, on est plus préoccupé, cette fois-ci, compte tenu de l'importance du recul des marchés, observe Marc Dubuc, directeur principal Stratégie marketing et gestion des offres chez Desjardins. «L'impact est plus important pour les gens qui sont déjà en situation de décaissement de leurs épargnes, car ils se questionnent à savoir si les marchés vont récupérer assez rapidement pour que les sommes accumulées soient suffisantes», dit-il.