La crise économique frappe toutes les industries, directement ou indirectement. Même les grandes pharmaceutiques, fleurons de l'économie québécoise, sont touchées.

Martine Letarte
Martine Letarte LA PRESSE

Et, parce que la santé de ces multinationales dépend de bien des éléments, si l'un d'eux est touché, on assiste à un effet domino.

«Lorsqu'une lumière s'allume sur le tableau de bord d'une voiture pour indiquer un problème, on peut souvent continuer à rouler. Toutefois, lorsque plusieurs lumières s'allument en même temps, on risque d'être forcés de s'immobiliser. Or, c'est ce que l'on veut éviter dans le domaine des grandes pharmaceutiques au Québec», affirme Michelle Savoie, directrice générale de Montréal In Vivo, la grappe des sciences de la vie et des technologies de la santé du Montréal métropolitain.

Pourtant, les grandes pharmaceutiques ont la réputation d'être très solides, et ce, particulièrement au Québec. En effet, les différents gouvernements ont investi largement dans le secteur depuis une vingtaine d'années.

«C'est ainsi que le Québec est vraiment devenu un leader dans le domaine de la pharmaceutique, rappelle Mme Savoie. La volonté des gouvernements de soutenir l'industrie est toujours présente, mais je ne suis pas certaine qu'ils sont conscients de l'importance des problèmes actuels.»

En effet, le secteur a perdu des plumes dans la région depuis quelques années.

«Au Canada, le Grand Montréal était, jusqu'en 2007, la région numéro un pour le secteur de la pharmaceutique en ce qui a trait au nombre d'emplois. Depuis ce temps, on s'est fait dépasser par Toronto, alors que le gouvernement de l'Ontario a mis en place des mesures importantes pour stimuler le développement du secteur», ajoute la Dre Savoie.

Différents facteurs

Depuis quelques années déjà, les compagnies pharmaceutiques sont menacées par l'échéance de brevets importants (voir autre texte en page 14). Elles en sont donc à revoir leur modèle de développement de nouveaux produits.

L'un des grands problèmes est qu'il est de plus en plus difficile de trouver des molécules vraiment intéressantes.

«Au fil des ans, plusieurs molécules ont été découvertes et elles satisfont maintenant plusieurs aires thérapeutiques, dit Paul Lévesque, président de Pfizer Canada. Nous sommes en quelque sorte victimes de notre succès. Maintenant, il faut tenter de trouver des molécules plus efficaces et qui causent moins d'effets secondaires ou encore, trouver des molécules pour traiter des maladies plus complexes, plus rares.»

C'est donc plus compliqué pour les chercheurs et ça coûte plus cher.

On ne peut donc pas mettre tous les problèmes sur le dos de la crise économique.

«Nous ne produisons pas des produits de consommation ordinaires, précise Jérôme Sylvestre, président de Sanofi-aventis Canada. Nous produisons des médicaments. Alors, c'est évident que crise ou pas, les gens continuent d'être malades.»

«Nous continuons tout de même d'investir 7 milliards de dollars US par année dans le monde en recherche et développement», ajoute M. Lévesque, le président de Pfizer Canada.

La crise économique est toutefois venue rendre encore plus difficile la tâche des grandes compagnies pharmaceutiques qui tentent de mettre au point rapidement de nouveaux produits. En fait, bien souvent, les multinationales vont piger dans les découvertes des petites entreprises de biotechnologies ou de celles des centres de recherche universitaires.

«Or, la crise affecte de façon importante les entreprises de biotechnologie puisqu'elles se financent avec du capital de risque qui, dans les circonstances, n'est plus au rendez-vous. Les fonds publics pour la recherche ont aussi beaucoup diminué en raison de la crise», affirme la Dre Savoie.

De plus, il semble que les grandes pharmaceutiques ont davantage de difficulté qu'auparavant à obtenir le remboursement de leurs nouveaux médicaments par le gouvernement.

«C'est un problème majeur», affirme Vincent Lamoureux, porte-parole de Merck Frosst Canada. Il explique cette situation par différents facteurs. «La situation budgétaire du gouvernement et le vieillissement de la population font en sorte que moins d'argent est disponible pour le remboursement de nouveaux produits. C'est donc rendu extrêmement difficile d'y arriver.»