«Ma Tante», c'est l'expression utilisée par bon nombre de Français pour désigner le Crédit municipal de Paris, une institution qui vient en aide aux moins nantis en leur offrant un service de prêts sur gages. Ces jours-ci, dans la capitale française, Ma Tante est débordée!

Marc Thibodeau
Marc Thibodeau LA PRESSE

Marie s'installe à la table d'une terrasse ensoleillée du 4e arrondissement de Paris et s'allume, avec une satisfaction évidente, une cigarette qu'aucun client ou garçon de table ne lui fera éteindre.

 

«Moi, je fume et j'emmerde tout le monde», lance la femme de 58 ans d'un ton provocateur qui ne laisse rien deviner de la dureté de son existence.

C'est cette même fierté qui l'a poussée à refuser l'aide de ses proches lorsqu'elle a perdu son emploi de travailleuse en garderie et qu'elle s'est retrouvée aux prises avec une dette de plusieurs centaines d'euros qu'elle était incapable de payer.

«Je ne voulais demander à personne de mon entourage. Je ne veux rien devoir aux autres, c'est important pour moi», précise-t-elle.

À défaut de réclamer l'appui de sa famille, l'énergique femme s'est tournée vers «Ma Tante», désignation populaire du Crédit municipal de Paris, une institution plusieurs fois centenaire créée à l'époque de Louis XVI pour couper l'herbe sous le pied aux usuriers.

«Ma Tante» est demeurée fidèle à sa vocation première, à travers les siècles, et continue de venir en aide aux plus démunis en leur permettant de mettre en gage, contre argent sonnant, des biens de valeur.

«Pour obtenir 800, je leur ai laissé des bijoux que ma mère m'avait donnés. J'avais un problème bancaire à régler et je n'avais pas le choix», souligne Marie, qui était venue renégocier son contrat le matin où La Presse l'a rencontrée.

L'affluence aux guichets du service des prêts sur gages était alors considérable. Signe, si besoin était, de l'impact de la crise économique sur les plus démunis.

En un an, le nombre d'usagers du service a bondi de 30% au dire de la direction, qui n'avait pas vu autant de gens depuis l'époque du premier choc pétrolier, au début des années 70.

«Si je n'avais pas ça, ce serait vraiment très difficile», confie timidement une vieille femme d'origine maghrébine, qui dit être venue à plusieurs reprises échanger des bracelets contre quelques centaines d'euros.

Chaque jour, des dizaines de personnes comme elle et Marie se présentent aux guichetiers du service des prêts sur gages. Les objets offerts sont évalués par des experts embauchés par le Crédit municipal qui reverse environ la moitié de la somme en argent à leur propriétaire pour une durée déterminée.

S'ils s'avèrent incapables de rembourser la somme prêtée et de modestes intérêts dans les délais convenus, leur bien est mis en vente aux enchères publiques, où affluent les acheteurs en quête de bonnes affaires.

«Je viens pour acheter des pièces d'or», explique une artiste, qui salue le fait que les personnes dans le besoin peuvent compter sur le Crédit municipal comme «dernier recours».

«C'est la crise, c'est vraiment très dur. Il y a des gens qui viennent seulement pour obtenir 20», dit-elle.

Les bijoux constituent le type d'objet le plus souvent mis en gage, mais ils ne forment qu'une partie des réserves du Crédit municipal. Les photos d'art, les tableaux et les vêtements de luxe sont aussi acceptés. L'an dernier, l'institution a décidé d'accepter les grands vins et s'est vu offrir une foule de bouteilles d'exception qui sont gardées sous clé dans une cave en attendant d'être retournées à leur propriétaire... ou vendues.

Marie, qui a récemment retrouvé un emploi comme gardienne à domicile, espère bien qu'elle pourra récupérer un jour les bijoux de sa mère.

«J'y tiens, c'est mon héritage. Mais je ne peux pas encore rembourser», soupire la Parisienne.

400 000

Le nombre de chômeurs attendus en plus en 2009

500 000

Le nombre de ménages français qui sont en retard sur le paiement de leur loyer, selon l'organisation caritative Emmaüs.

5,6%

Le déficit public en pourcentage du PIB prévu par le gouvernement pour 2009, soit deux fois la limite fixée pour les pays membres de l'Union européenne.