À peine un tiers des Canadiens ont cotisé à un régime enregistré d'épargne-retraite (REER) l'an dernier et cette faible participation devrait s'accentuer encore cette année alors que le pays traverse sa pire crise économique en près de 20 ans.

Mis à jour le 16 févr. 2009
Philippe Orfali, collaboration spéciale LA PRESSE

«Avec tout ce qui se passe, les Canadiens deviennent craintifs et semblent perdre confiance dans les produits qui leur sont offerts, résume Barbara Amsden, directrice, stratégie et recherches à l'Institut des fonds d'investissement du Canada (IFIC). Le moins qu'on puisse dire, c'est que la saison des REER qui s'en vient sera intéressante.»

 

Les 34,1 milliards de dollars cotisés aux REER en 2007 ont représenté 6% de la somme à laquelle les personnes admissibles avaient droit, en baisse comparativement à 7% en 2006.

Ce taux devrait continuer de baisser, prédisent les experts consultés par La Presse Affaires.

«Si on la compare aux années précédentes, 2007 avait été une bonne année pour les REER, explique David Phipps, conseiller financier principal à Gestion de patrimoine Assante. Cela ne fait pas de doute que moins d'individus cotiseront à leurs REER pour 2008, à cause de la crise économique, mais aussi en raison de la création des comptes d'épargne libre d'impôt (CELI).»

Entré en vigueur le 1er janvier dernier, le CELI connaît une popularité qui dépasse les attentes des institutions bancaires. Ce type de compte permet à toute personne majeure d'investir jusqu'à 5000$ par année à l'abri de l'impôt.

«Le CELI est un produit très souple et risque d'en convaincre plusieurs, convient le fiscaliste Stéphane Leblanc, associé d'Ernst & Young. Mais une fois la somme de 5000$ atteinte, plusieurs choisiront tout de même de cotiser à un REER», prédit-il.

Un besoin immédiat

Les résultats d'un sondage de BMO Banque de Montréal parus en janvier révèlent que près de 40% des Canadiens interrogés ne comptaient pas cotiser à leur régime de retraite cette année, car ils estimaient avoir besoin de ces fonds immédiatement. Six personnes sur 10 prévoyaient quant à elles cotiser autant que les années précédentes.

Il n'y a là rien de surprenant, estime Mme Amsden. «Il s'agit d'une époque remplie d'incertitude, ce qui peut pousser les gens à ne pas cotiser.

«Mais il est important de prévoir pour l'avenir, malgré les difficultés de l'instant présent, souligne-t-elle. Ceux qui peuvent épargner doivent le faire.»

D'autres façons d'épargner

Le faible taux de cotisation à un REER indique peut-être que les Canadiens épargnent autrement que par l'entremise de ce véhicule, avance pour sa part le fiscaliste Stéphane Leblanc d'Ernst & Young.

«Lorsqu'on place de l'argent dans un REER, on limite d'une certaine façon ce qu'on peut en faire. Les placements, les comptes d'épargne traditionnels et les CELI permettent d'utiliser cet argent dès que le besoin se fait sentir.» En cette période d'incertitude, plusieurs personnes préféreront se tourner vers ces options, dit-il.

Résultat de la crise, les Canadiens ont encaissé pour 13,7 milliards en fonds communs de placement en décembre, contre des achats de 12,9 milliards. Un déficit de 792 millions qui contraste avec la croissance de 2,7 milliards enregistrée en décembre 2007.

Les ventes de fonds communs de placement ont connu une croissance d'à peine 107,8 millions pour l'année 2008, selon les plus récentes données publiées par l'IFIC. Il s'agit du pire résultat depuis 2003.

En 2007, ce sont près de 33,5 milliards de ventes de fonds communs de placement supplémentaires qui avaient été enregistrées.

Le sondage mené pour le compte de BMO Banque de Montréal soulignait qu'au-delà de 40% des Canadiens entendaient modifier la composition de leur portefeuille de placements pour tenir le coup.

«Ce n'est pas si mal, assure Dennis Yanchus, gestionnaire des statistiques à l'IFIC. Il n'y a pas autant de revente que ce à quoi on aurait pu s'attendre. Les gens veulent continuer à investir, mais souhaitent attendre que le déclin de l'économie stoppe avant d'investir massivement de nouveau», estime-t-il.