Dépister une dépression chez une personne victime d'une maladie cardiaque et la traiter améliore le pronostic de la pathologie cardio-vasculaire, selon l'Association américaine du coeur qui recommande son dépistage systématique pour tous les patients cardiaques hospitalisés.

Mis à jour le 30 sept. 2008
Jamie Stengle ASSOCIATED PRESS

La dépression est près de trois fois plus fréquente chez les gens ayant survécu à un infarctus et chez ceux hospitalisés pour un problème cardiaque que dans la population générale, soulignent les auteurs des recommandations qui sont publiées cette semaine dans le dernier numéro du journal Circulation. Ils ajoutent que la moitié seulement des cardiologues déclarent traiter la dépression de leurs patients, et que les dépressions diagnostiquées ne sont pas toujours traitées.

«Je pense que nous pourrions réduire considérablement la souffrance et améliorer l'évolution de la maladie», grâce au dépistage, a déclaré Erika Froelicher, professeur de soins infirmiers à l'Université de Californie, San Francisco. «Je sais que nous pouvons mieux faire».

Alors qu'il n'existe pas de preuve directe que les patients cardiaques dépistés se débrouillent mieux que les autres, la dépression peut entraîner une moins bonne évolution et une moins bonne qualité de vie, explique la commission d'experts.

Les patients déprimés peuvent très bien ne pas prendre leurs médicaments, ne pas modifier leurs habitudes alimentaires ou leur quantité d'exercice physique. Ils peuvent aussi ne pas prendre part à des programmes de rééducation, soulignent les experts.

Du cardiologue à l'infirmière en passant par l'urgentiste, tout les personnels soignants devraient être impliqués dans le dépistage d'une dépression, a ajouté Mme Froelicher, qui était co-présidente du groupe de rédaction des recommandations.

Le groupe suggère que les patients cardiaques soient dépistés d'abord en répondant à deux questions: 1/ ces deux dernières années, avez-vous eu peu d'intérêt ou de plaisir à faire des choses? 2/ Vous êtes vous senti dépressif ou sans espoir?

Si le patient répond oui à l'une ou aux deux questions, un questionnaire déterminera dans quelle mesure le patient est déprimé et quel est le degré de sévérité de sa dépression. Si la dépression est avérée, la patient peut avoir besoin de voir un spécialiste, ont ajouté les experts, ajoutant que le traitement inclut les antidépresseurs, la psychothérapie et l'exercice.

«Certains médecins sont qualifiés pour traiter les malades, d'autres préfèrent déléguer le problème à un spécialiste des maladies mentales», a ajouté Erika Froelicher.

La psychiatre Michelle Riba estime que mettre l'accent sur un dépistage fréquent est important. «Ce que vous voulez savoir a propos d'un patient en particulier, c'est comment il va évoluer au fil du temps», a observé l'ancienne présidente de l'Association américaine de psychiatrie. Michelle Riba a approuvé les recommandations de l'association du coeur.

Un des médecins a estimé que le dépistage n'était pas suffisant. Les patients nécessitant selon lui une surveillance régulière.

Barbara Forman, 62 ans, s'est battue contre la dépression après un double pontage cinq ans plus tôt. Elle dit avoir passé le plus clair de son temps assise dans une chaise chez elle à Englewwood, dans l'Ohio, à pleurer sans raison.

«Je me demandais si j'allais rester comme ça tout le restant de ma vie. Si ma vie s'était achevée avec cet accident cardiaque? J'avais peur de faire certaines choses».

Deux mois après être rentrée chez elle, elle a téléphoné à Mended Hearts, un groupe d'aide aux malades, filiale de l'association du coeur. Un membre de cetet association lui a alors dit que la dépression était fréquente chez les patients cardiaques.

Son médecin de famille l'a envoyée chez un psychologue, et après une certaine hésitation, elle a accepté de prendre des antidépresseurs. Ce traitement ajouté à un bout de chemin fait aux côtés de Mended Hearts lui a fait du bien. «Vous ne pouvez pas rester chez vous et végéter», dit-elle.