La lutte contre le cancer des ovaires n’a pas beaucoup progressé dans les dernières décennies. Des chercheurs de l’Université McGill pensent être à la veille d’un grand bond en avant dans ce dossier.

« Les cancers des ovaires sont généralement détectés très tard, au stade 3 », explique Lucy Gilbert, directrice du département d’oncologie de l’Université McGill. « Avant, il n’y a pas de symptômes. »

Chaque année, la Société canadienne du cancer enregistre 1600 cas et 400 décès de cancer du col de l’utérus, contre 3000 cas et 2000 décès de cancer des ovaires. La chanteuse Mélanie Renaud, par exemple, est morte en mai du cancer des ovaires, à l’âge de 42 ans.

« Avant le test Pap, le cancer du col de l’utérus était le deuxième parmi les plus meurtriers pour les femmes au Canada, dit la gynécologue spécialisée en oncologie. Aujourd’hui, plus de femmes meurent du cancer des ovaires à Montréal que du cancer du col de l’utérus dans tout le Canada. »

En 2012, la Dre Gilbert a publié dans le Lancet Oncology une étude qui a changé comment elle voyait le combat contre le cancer des ovaires. Près de 1500 femmes avaient eu un dépistage sanguin et ultrason transvaginal de ce cancer. « Nous avons pu améliorer les résultats de la chirurgie pour les cas de cancer des ovaires, mais le stade où il était détecté restait avancé. »

C’est alors qu’elle a réalisé que le cancer des ovaires migre vers d’autres organes à un stade précoce. « Dans le cancer du côlon par exemple, le patient a des saignements, des douleurs, avant que le cancer sorte du côlon. Le cancer des ovaires passe de l’utérus, des trompes de Fallope, vers l’abdomen avant de causer des symptômes. Les symptômes sont liés à la présence de métastases du cancer des ovaires dans l’abdomen. »

Analyses génétiques

Pour détecter le cancer des ovaires à un stade précoce, afin de diminuer la mortalité, il faut donc l’attraper quand il ne consiste qu’en quelques cellules, dans les ovaires.

PHOTO TIRÉE DU SITE DU CUSM

La Dre Lucy Gilbert, directrice du département d’oncologie de l’Université McGill

Les analyses sanguines et les ultrasons ne suffisent pas. Il faut détecter les mutations dans le génome dès qu’elles surviennent.

La Dre Lucy Gilbert, directrice du département d’oncologie de l’Université McGill

Juste avant la pandémie, la Dre Gilbert a lancé le projet DOvEEgene de diagnostic précoce des cancers des ovaires. « Malgré l’interruption due à la pandémie, nous avons recruté 4600 participantes alors que notre objectif était de 3600, dit-elle. Environ 90 % d’entre elles n’avaient pas d’historique familial de cancer des ovaires. » Des résultats préliminaires encourageants sont présentés ce printemps aux organismes subventionnaires.

Plus d’une vingtaine de mutations sont détectées par les analyses, à la suite d’un prélèvement par le vagin. Tous les cancers des ovaires sont causés par des mutations, précise la Dre Gilbert.

Depuis l’automne dernier, Québec envisage de recourir à un autotest pour le dépistage du cancer du col de l’utérus. Serait-ce possible pour le cancer des ovaires ? « Non, parce que si les cellules cancéreuses sont arrivées dans le vagin, où elles peuvent être prélevées par autotest, le cancer est déjà dans un stade avancé. Ce n’est pas le cas pour le cancer du col de l’utérus. »

Elle salue par contre la volonté de Québec de mettre sur pied le programme d’autotest du cancer du col de l’utérus. « Le cancer des ovaires touche davantage les catégories socioéconomiques plus aisées, qui ont moins d’enfants, ce qui est un facteur protecteur. Mais le cancer du col de l’utérus touche davantage les groupes plus défavorisés. Souvent ce sont des femmes qui n’ont pas de médecin, ou de temps pour voir leur médecin et avoir un test Pap. Si on leur envoie un autotest facile à faire, avec un suivi téléphonique, ça devrait augmenter le taux de dépistage. Je crois que le Québec sera un leader sur ce point. »

Détecter le cancer sur une carte de crédit ?

De l’autre côté de l’Atlantique, un biologiste du Collège impérial de Londres essaie une autre approche. Début 2023 dans la revue JMIR Public Health and Surveillance, il a montré qu’il est possible de prédire un diagnostic de cancer des ovaires à partir des données d’achats par carte de crédit. « Les achats d’antidouleurs et d’antiacides augmentent dans les mois ou les années précédant un diagnostic, dit James Flanagan, auteur principal de l’étude. Nous tentons maintenant de voir comment faire une étude prospective. Il y a évidemment des problèmes éthiques importants. Il faudrait avoir accès aux données d’achats de milliers de femmes pour prouver que c’est une approche valable. »

La Dre Gilbert n’est pas convaincue que cette approche tiendra la route. « Quand une femme a des douleurs, le cancer des ovaires a déjà migré vers d’autres organes. Alors je ne pense pas que ça permettra de détecter des cancers à un stade précoce. »

En savoir plus
  • 40 200
    Nombre annuel de décès du cancer chez les femmes au Canada
    Source : société canadienne du cancer
    9800
    Nombre annuel de décès du cancer du poumon chez les femmes au Canada
    Source : société canadienne du cancer
  • 5400
    Nombre annuel de décès du cancer du sein chez les femmes au Canada
    Source : société canadienne du cancer