La livraison des détecteurs de CO2 dans les écoles pousse de nombreux enseignants à vouloir d’autres méthodes de purification de l’air qu’ouvrir les fenêtres. Voici trois technologies disponibles.

Publié le 22 janvier
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Miser sur les ultraviolets

Une société montréalaise, Sanuvox, a vendu des purificateurs d’air à ultraviolets (UV) à des centaines d’écoles en Colombie-Britannique – et à des milliers en Ontario –, selon son fondateur, Normand Brais. L’an dernier, des parents québécois qui voulaient financer eux-mêmes l’achat des purificateurs à UV de Sanuvox pour les écoles de leurs enfants se sont heurtés au refus des autorités scolaires.

« On aimerait que le gouvernement québécois admette qu’on ne mettra pas de purificateurs parce que ça coûte trop cher, au lieu de dire que les détecteurs de CO2 vont être une solution au problème », dit l’ingénieur, ancien professeur à Polytechnique Montréal.

Pour une classe moyenne, d’une superficie de 100 m⁠2, il faudrait deux appareils de Sanuvox ayant une capacité de 300 pi3 par minute, selon M. Brais. Sur l’internet, des sites rapportent des prix allant de 1500 $ à 2000 $ pour ces modèles, un ordre de grandeur que confirme M. Brais. Cela signifie qu’il faudrait compter plus de 3000 $ par classe, sans compter l’installation et le remplacement des ampoules UV, qui durent quelques années. En comparaison, le budget des détecteurs de CO2 était de 75 millions pour 90 000 unités, installation comprise, soit un peu plus de 800 $ par classe.

PHOTO FOURNIE PAR NORMAND BRAIS

Des purificateurs d’air de Savuvox dans les plafonds des bureaux de L’Oréal à Montréal

La purification par ces deux appareils de Sanuvox correspondrait à trois changements de l’air de la classe par heure. Dans un document publié l’hiver dernier, l’Université de Toronto recommandait plutôt six changements d’air par heure.

Outre l’inconfort, ouvrir les fenêtres coûte très cher en chauffage l’hiver, selon M. Brais. « Depuis les deux chocs pétroliers des années 1970, on met beaucoup d’accent sur l’efficacité énergétique, dit M. Brais. Ça a mené à des immeubles beaucoup moins ventilés qu’avant. »

Faire « bouillir les gouttelettes »

Une autre entreprise montréalaise, Hypertec, affirme avoir conçu un prototype de purificateur utilisant une autre technologie, l’Hyperion. Cela pourrait coûter seulement 500 $ par classe. « Il n’y a pas de frais d’installation – on branche l’appareil dans une prise de courant normale – ni de frais d’entretien, pas d’ampoules à remplacer », affirme André Lamarre, vice-président d’Hypertec.

Hypertec est spécialisée dans la technologie, l’infonuagique et la cybersécurité, et a notamment beaucoup travaillé avec le programme de télémédecine de l’Ontario, le plus avancé au Canada avant la pandémie. Son Hyperion est en cours de validation dans un laboratoire américain. Hypertec travaille également à des certifications auprès des organismes techniques et gouvernementaux canadiens et américains.

Comment fonctionne-t-il ? Le champ électrique dans l’Hyperion fait « bouillir les gouttelettes sur lesquelles les virus et bactéries se transportent dans l’air », explique M. Lamarre. Les rayons UV, eux, altèrent les protéines virales. Selon M. Lamarre, la technologie de l’Hyperion se rapproche d’une autre technologie, l’ionisation, mais contrairement à cette dernière, elle ne crée pas d’ozone. L’ionisation fonctionne en créant des particules chargées sur lesquelles s’agglutinent les particules virales, mais elle ne peut être utilisée à grande échelle à cause de cette création d’ozone.

Près de « 35 changements d’air par heure »

Une troisième technologie, les UV à basse longueur d’onde, est actuellement utilisée dans certains édifices aux États-Unis et testée dans quelques maisons de retraite en Nouvelle-Écosse. L’un des chercheurs les plus impliqués dans le domaine, le radiophysicien David Brenner de l’Université Columbia, à New York, affirme que le coût est de 1000 $ US pour purifier l’air d’une classe moyenne, sans compter les changements subséquents d’ampoules. « En bas de 235 nanomètres (nm) de longueur d’onde, les UV ne causent pas de dommages aux cellules de la peau et des yeux, alors on n’a pas besoin d’enfermer les ampoules dans des boîtes où on fait passer l’air, dit M. Brenner. On peut utiliser nos ampoules à 222 nm pour purifier directement l’air ambiant, ce qui permet d’arriver à l’équivalent de 35 changements d’air par heure. »

PHOTO FOURNIE PAR KENNETH ROCKWOOD

Installation d’une lampe UV-222 nm dans une maison de retraite de Nouvelle-Écosse. À droite de l’électricien, derrière lui, on voit une lampe déjà installée.

Kenneth Rockwood, gériatre à l’Université Dalhousie et responsable de l’essai des ampoules de M. Brenner dans des maisons de retraite, a choisi cette technologie en collaboration avec son fils, Michael Rockwood, qui est ingénieur électronique. « Ça devrait coûter beaucoup moins cher que les appareils de purification utilisant les UV traditionnels à 254 nm », dit le DRockwood. L’essai clinique coûtera au total 1,8 million et sera terminé au printemps 2023.

La Conférence américaine des hygiénistes industriels gouvernementaux, qui regroupe des fonctionnaires responsables de formuler des normes sanitaires, vient d’augmenter par un facteur de sept la limite d’exposition aux UV à 222 nm. Cela correspond, selon M. Brenner, à huit heures sous les lampes qu’il a conçues.

M. Brais de Sanuvox estime que les UV à faible longueur d’onde ont le potentiel de créer de l’ozone. M. Brenner répond que ce n’est pas le cas, mais le DRockwood envisage tout de même de placer des détecteurs d’ozone dans les pièces où les ampoules à UV-222 nm sont installées, l’ozone étant irritant pour les poumons.