Un vaisseau extraterrestre a visité la Terre à la fin de 2017, selon un nouveau livre publié par un astrophysicien de l’Université Harvard, Avi Loeb. Dans Extraterrestrial, il soutient que l’apparence et la trajectoire d’Oumuamua, premier astéroïde originaire de l’extérieur de notre système solaire, ne peuvent être expliquées par des phénomènes naturels plausibles. Une théorie qui ne fait pas l’unanimité. Entrevue.

Publié le 9 févr. 2021
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Quand avez-vous commencé à penser qu’Oumuamua était un vaisseau spatial ?

Il y avait des anomalies sur le plan de la réflexivité. Mais le déclic s’est fait quand on a vu un changement inexplicable de la trajectoire de sortie du Système solaire.

Il était propulsé par une voile solaire, selon vos explications. Pourquoi ?

C’est une technologie qui permet d’atteindre des vitesses très élevées, et de passer d’un système solaire à un autre en seulement quelques décennies. On utilise l’énergie des photons d’une étoile pour accélérer, et ça augmente sans cesse.

PHOTO LOTEM LOEB, FOURNIE PAR AVI LOEB

Avi Loeb

Des critiques ont avancé quelques explications naturelles à propos du changement de trajectoire d’Oumuamua.

Il y a deux grandes hypothèses. Soit Oumuamua est un bloc d’hydrogène pur, soit c’est un amas très diffus — 100 fois moins dense que l’air de notre planète — de particules de glace. Dans les deux cas, il est difficile de comprendre comment un tel objet a pu être créé, et aussi comment il a pu survivre pendant des dizaines d’années, ou des siècles, sans fondre dans le cas de l’hydrogène ou se dissiper dans le second cas. D’autres critiques citent un autre objet interstellaire (2I/Borisov) qui ressemble beaucoup à une comète. Je trouve justement que la banalité de ce deuxième objet interstellaire souligne le caractère exceptionnel d’Oumuamua.

> Regardez une animation de la trajectoire d’Oumuamua en 2017

On vous reproche de ne pas être un spécialiste des comètes et des astéroïdes.

C’est vrai. Une journaliste m’a qualifié d’« enfant terrible de l’astronomie », un surnom qui ne me fait pas plaisir. Mais j’estime qu’on peut avoir une discussion raisonnable entre scientifiques sans dénigrer quiconque qui émet des hypothèses extraordinaires. Les explications naturelles dans le cas d’Oumuamua sont tout aussi extraordinaires.

Vous proposez de préparer une mission permettant d’explorer d’autres objets en provenance de l’extérieur du Système solaire.

Avec le télescope de l’Observatoire Vera-C.-Rubin, qui sera terminé d’ici quatre ans au Chili, on pourra détecter de tels objets lors de leur approche de la Terre, au lieu de les voir à la dernière minute et de ne pas pouvoir réagir. En plaçant de manière stratégique dans l’orbite terrestre autour du Soleil de petits satellites munis de caméras peu coûteuses, on pourra les photographier. Je suis surpris d’être critiqué pour ce projet, parce que s’il s’agit d’objets naturels exceptionnels, les photographier est tout aussi important.

Si Oumuamua est un vaisseau spatial, pourquoi ses pilotes ne sont-ils pas entrés en contact avec nous ?

Parce qu’il est en perdition, ce qui explique qu’il tourne sur lui-même. Je pense qu’il s’agit d’une sonde comme les deux Voyager et New Horizon, qui éventuellement quitteront le Système solaire. Je crois que la recherche de la vie extraterrestre devrait inclure l’archéologie, c’est-à-dire la recherche d’artefacts technologiques extraterrestres.

Y a-t-il d’autres pistes pour l’archéologie extraterrestre ?

On pourrait, avec le futur télescope spatial James-Webb, détecter la pollution sur une exoplanète en orbite autour d’une naine blanche [étoile très peu lumineuse]. Il faudrait un niveau de pollution 100 fois plus élevé que sur la Terre, mais c’est possible.

Dans votre livre, vous évoquez la découverte, en septembre, de phosphine, un gaz vraisemblablement produit par des microbes, sur Vénus.

Il ne coûterait pas très cher à la NASA de vérifier s’il y a des microbes dans l’atmosphère de Vénus, mais il n’y en a que pour Mars. Cela dit, on peut avoir un débat scientifique. Depuis, les auteurs ont refait leurs calculs et l’anomalie biochimique serait trois fois moins importante, bien qu’elle demeure statistiquement significative, et une autre étude a montré qu’il pouvait s’agir d’autre chose que de la phosphine.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Couverture du livre Extraterrestre – Le premier signe d’une vie intelligente, d’Avi Loeb

Extraterrestre – Le premier signe d’une vie intelligente. Avi Loeb. Les Éditions de l’Homme. 272 pages.

L’avis de trois astrophysiciens québécois

Je constate le très grand nombre d’articles scientifiques publiés depuis sa découverte par des personnes qui ont passé leur vie à étudier les astéroïdes, comètes et autres objets du Système solaire. Loeb fait bande à part. L’origine artificielle de cet objet est une hypothèse assez extraordinaire qui, comme veut le dicton, requiert des preuves extraordinaires.

Laurent Drissen, professeur en astrophysique à Université Laval

Bien qu’en science on doive toujours garder l’esprit ouvert, Oumuamua est en toute probabilité un astéroïde naturel extérieur au Système solaire et pas un objet de fabrication extraterrestre !

René Doyon, professeur au département de physique de l’Université de Montréal

Nous savons que c’est un objet qui passe à travers notre système solaire. Et nous savons qu’il a une forme éloignée. Pas une sphère, mais plutôt un cigare. Cependant, conclure de cela qu’il s’agit d’un vaisseau spatial extérieur est à mon avis vraiment tiré par les cheveux.

Björn Benneke, professeur au département de physique de l’Université de Montréal

Les astéroïdes en chiffres

1 : Nombre d’astéroïdes ou de comètes en provenance d’un autre système solaire, d’une dimension semblable à celle d’Oumuamua, qui se trouvent en tout moment à l’intérieur de l’orbite terrestre autour du Soleil

100 : Nombre d’astéroïdes ou de comètes en provenance de notre système solaire, d’une dimension semblable à celle d’Oumuamua, qui se trouvent en tout moment à l’intérieur de l’orbite terrestre autour du Soleil

2500 milliards de milliards : Nombre d’astéroïdes ou de comètes interstellaires qui voguent d’un système solaire à l’autre dans notre galaxie, la Voie lactée

Sources : Université Harvard, Forbes