Des chercheurs de McGill ont lancé lundi une étude COVID-19 sur la fluvoxamine, un antidépresseur qui a des propriétés anti-inflammatoires. C’est une molécule générique qui ne coûte pas cher et qui est tellement connue et sécuritaire que Santé Canada a accepté que des femmes enceintes participent à l’étude. Les résultats pourraient être connus dès la mi-février.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Éviter l’hospitalisation

L’étude sur la fluvoxamine est dirigée depuis St. Louis par un chercheur de l’Université de Washington, Eric Lenze. « Au Québec, on vise d’avoir 50 participants », dit la Dre Emily McDonald, interniste au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), qui dirige l’étude sur la fluvoxamine. La fluvoxamine serait administrée aux patients ayant des symptômes, mais pas hospitalisés. Le recrutement devrait se terminer d’ici la fin de janvier et les résultats seront connus à la mi-février, selon le DLenze.

Une étude dans le JAMA

Le DLenze a publié en novembre dans le Journal de l’Association médicale américaine (JAMA) une étude clinique de phase 2 sur la fluvoxamine contre la COVID-19, avec des résultats fort intéressants. « On m’a demandé de faire partie du comité de surveillance pour la phase 3, mais je préférais participer à l’étude », explique Todd Lee, collègue de la Dre McDonald au CUSM. « Nous avons reçu l’approbation de Santé Canada à la fin de novembre, puis de notre comité d’éthique, et nous avons dû attendre jusqu’à maintenant pour régler des questions d’assurances. » La Dre McDonald souligne que la fluvoxamine est tellement sécuritaire que Santé Canada a accepté d’inclure des femmes enceintes dans l’essai clinique, ce qui est rare pour les essais cliniques concernant la COVID-19.

Inflammation et maladies psychiatriques

Eric Lenze est à la base un psychiatre. Il connaissait donc bien la fluvoxamine, et était au courant que des capacités anti-inflammatoires lui avaient été découvertes, qui avaient mené à son utilisation pour éviter les chocs septiques. Mais de plus en plus d’études s’intéressent au rôle de l’inflammation dans les maladies psychiatriques. « C’est vraiment un domaine d’avant-plan », affirme le psychiatre de St. Louis. Certaines études ont lié des caractéristiques de la composition des bactéries du système gastro-intestinal à un risque accru de maladies psychiatriques, sans qu’il soit possible de déterminer s’il s’agit d’une cause ou d’un effet.

Des nouvelles de la colchicine…

L’autre grande étude montréalaise sur un médicament anti-inflammatoire générique contre la COVID-19 est Colcorona, menée avec la colchicine par un cardiologue de l’Institut de cardiologie de Montréal, Jean-Claude Tardif. Le recrutement des 4500 participants s’est terminé avant Noël et les résultats sont prévus en janvier, selon le DTardif. « C’est la plus grande étude au monde de prévention des complications de la COVID-19 chez les patients non hospitalisés », affirme le DTardif.

PHOTO PETER MUHLY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

L’Institut de cardiologie de Montréal tente de vérifier si la colchicine, un anti-inflammatoire, peut prévenir les complications les plus graves de la COVID-19.

… et de la ciclésonide

Du côté de McGill, une autre étude clinique COVID-19 porte sur la ciclésonide, un stéroïde inhalé utilisé contre l’asthme, qui n’est pas générique, mais a très peu d’effets secondaires. « Le recrutement a été un peu plus lent que prévu parce qu’il faut avoir des symptômes spécifiques, comme de la toux ou un souffle court », dit le DLee. L’étude sur la ciclésonide, lancée en octobre, est dirigée par Nicole Ezer, une collègue du DLee.

Un antiviral testé à Montréal

L’Institut de cardiologie a lancé lundi une autre étude clinique, sur le médicament dalcétrapib, envisagé pour le contrôle du cholestérol il y a quelques années. « Un essai sur les bibliothèques pharmaceutiques a montré que le dalcétrapib se lie à un site actif du SARS-CoV-2 [le coronavirus responsable de la COVID-19], explique le cardiologue Jean C. Grégoire, qui est responsable de l’étude dal-COVID. C’est très semblable à l’action du remdésivir, un autre antiviral. » Pourquoi le dalcétrapib, qui finalement n’a pas eu d’effet concluant sur la diminution des effets néfastes du cholestérol, a-t-il un effet antiviral ? « Il est très fréquent que les sites actifs des virus soient lipidiques », dit le DGrégoire. L’étude dal-COVID est de phase 2, donc sur un nombre restreint de patients non hospitalisés, mais ayant des symptômes, 208, qui seront recrutés d’ici deux à quatre semaines et suivis pendant un mois.

Les anticorps monoclonaux peu utilisés

Les anticorps monoclonaux ont connu une certaine renommée cet automne parce qu’ils ont été utilisés par le président Donald Trump. Mais selon Todd Lee, de McGill, ils sont peu utilisés parce qu’ils impliquent une injection pour des patients ayant des symptômes, mais n’étant pas encore très malades. « L’étude clinique sur les patients hospitalisés a été interrompue parce que les résultats n’étaient pas bons, dit le DLee. Alors il ne reste que l’étude clinique de phase 2 sur les patients non hospitalisés. Mais il faut faire une injection en clinique, alors ce n’est pas très pratique. Même aux États-Unis, ce n’est pas très utilisé. »

Un revers pour le plasma sanguin

Une étude clinique sur l’utilisation du plasma sanguin pour traiter la COVID-19 a été interrompue lundi. L’étude britannique REMAP-CAP a cessé d’utiliser le plasma sanguin, obtenu par la purification de sang de patients ayant guéri de la COVID-19, pour les patients très malades, mais continue l’essai clinique pour les patients hospitalisés, mais n’étant pas dans un état critique. Les données jusqu’à maintenant, sur 900 patients, ne montraient aucun bénéfice pour les patients très malades.

Niveau 3 : Participez à l’étude sur la fluvoxamine

https://stopcovid2.idtrials.com/home/fran%C3%A7ais