(Paris) Lancé en grande pompe fin mars dans l’espoir de trouver un traitement contre la COVID-19, l’essai clinique Discovery n’a pas encore livré de résultats, en raison d’une coopération européenne qui patine et d’une efficacité sans doute moindre qu’espéré des quatre médicaments testés.

Amélie BAUBEAU
Agence France-Presse

Lorsqu’un essai clinique est mené, un comité d’experts extérieurs, baptisé Data Safety Monitoring Board (DSMB), se réunit à intervalles réguliers pour analyser les données et conseiller les chercheurs. Réuni lundi, celui qui suit Discovery a jugé qu’il fallait poursuivre l’étude en continuant à inclure de nouveaux patients, faute de résultats probants à ce stade.

« Ils nous ont dit qu’il fallait continuer », a indiqué à l’AFP le Pr Yazdan Yazdanpanah, l’un des chercheurs qui chapeautent le projet à l’institut de recherche français Inserm.

Mardi, le comité indépendant qui analyse les données de Solidarity, vaste essai de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui englobe Discovery, est arrivé aux mêmes conclusions, a-t-il ajouté.

Le 4 mai, le président de la République Emmanuel Macron avait pourtant indiqué que « des résultats » étaient attendus jeudi. Il avait évoqué « une étape importante », tout en reconnaissant que pour l’heure « on n’a rien de concluant ».

Cette attente déçue n’est pas la première pour Discovery. Lorsque cet ambitieux essai avait été lancé le 22 mars, les premières réponses étaient espérées en quelques semaines.

Puis la Pr Florence Ader, qui le pilote, avait prévenu qu’il faudrait attendre « au moins la fin » avril pour les « premières tendances ». Là encore, un rendez-vous manqué.

Le nœud du problème est le trop faible nombre de patients enrôlés : pour l’instant, 750 patients sont inclus dans cette étude, quasi-uniquement en France, alors que l’objectif était d’en recruter 3200 en Europe, dont au moins 800 dans l’Hexagone.

Les quatre traitements évalués n’étant pas des molécules ciblant spécifiquement le nouveau coronavirus mais des médicaments déjà existants « repositionnés », on s’attend à ce qu’ils aient une efficacité « partielle », a expliqué la Pr Ader le 6 mai lors d’une audition par le Sénat.

Or « plus les molécules sont partiellement efficaces, plus il faut de patients dans les essais » pour pouvoir déterminer de façon fiable s’ils apportent un réel bénéfice, a-t-elle ajouté.

« Molécules d’appui »

Les méthodologistes de l’essai Discovery ont ainsi calculé qu’« il faudrait au moins 600 patients par bras », c’est-à-dire par traitement testé : l’antiviral remdesivir, l’association lopinavir/ritonavir (Kaletra), une combinaison de ces anti-rétroviraux avec l’interferon beta, et enfin l’hydroxychloroquine, dérivé de l’antipaludéen chloroquine. Plus un cinquième groupe de patients recevant des « soins standards », référence pour évaluer le bénéfice des autres traitements.

« Ce ne sont pas des molécules miracle, mais des molécules d’appui qui, si elles sont prescrites au bon moment et à la bonne population peuvent être utiles », veut croire le Pr Yazdanpanah, qui coordonne le réseau REACTing, un consortium de recherche sur les maladies infectieuses émergentes.

Le DSMB, qui se réunira une nouvelle fois « début juin », aurait pu recommander d’arrêter l’étude s’ils avaient vu « un problème pour la sécurité des patients » ou « s’ils pensaient que même en incluant 10 000 personnes on ne verrait pas de différence ».  

Là, « ils considèrent qu’il n’y a pas de problème de toxicité, qu’ils ne voient pas d’efficacité majeure, mais qu’en incluant (davantage de patients, NDLR), peut-être qu’on peut essayer de montrer une efficacité », souligne l’infectiologue.

Mais pour s’en donner une chance, il devient urgent que d’autres pays européens incluent des patients, alors que l’épidémie reflue et que « le rythme des inclusions dans l’essai a considérablement ralenti en France », selon la Pr Ader.

Initialement, au moins sept pays dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne ou la Belgique avaient annoncé leur participation. Mais pour l’instant, seul « un patient » a été inclus hors de France, au Luxembourg, a reconnu la chercheuse.

« On arrive quand même à inclure 10 à 15 patients par semaine en France. L’idée est qu’on puisse faire la même chose dans les autres pays », note Yazdan Yazdanpanah, qui assure que l’Autriche pourrait commencer « la semaine prochaine », bientôt suivie par l’Allemagne, où il reste « quelques formalités à régler ».

Les chercheurs ont perdu plus de temps qu’anticipé « pour comprendre les circuits de gestion réglementaires d’un pays à un autre », alors qu’en France, la conception du protocole et les autorisations s’étaient faites en un temps record, avait regretté Florence Ader devant les sénateurs.

Le Pr Yazdanpanah avait lui aussi déploré le 1er mai, un « échec » de l’Europe de la recherche.  

Des discussions sont en cours avec la Commission européenne pour harmoniser la réglementation des essais cliniques et assurer des financements plus pérennes, explique-t-il.

La mise en place laborieuse de Discovery aura fait avancer « la construction d’une plateforme d’essais cliniques européenne », assure-t-il, espérant qu’elle sera en place lorsqu’il s’agira de tester les « molécules de deuxième génération », conçues elles spécifiquement pour cibler le nouveau coronavirus.