Le SRAS en 2003 et le nouveau coronavirus ont envahi le monde depuis la Chine. La grippe aussi part d’Asie chaque année avant de toucher l’Amérique du Nord. Mais les fièvres Ebola et Zika viennent d’Afrique. Des chercheurs tentent de mieux comprendre comment circulent les virus.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Après l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui a touché la Chine et Toronto en 2003, Peter Daszak a lancé un ambitieux projet de recherche avec des collègues chinois. 

« Nous avons testé 10 000 chauves-souris du sud de la Chine pour déterminer si le virus était présent », explique le président de l’Eco Health Alliance, une ONG qui étudie les maladies infectieuses. « Nous avons trouvé plus de 500 nouveaux coronavirus, dont le prédécesseur du SRAS et une cinquantaine de cousins proches du SRAS. Ça nous a notamment permis de détecter un coronavirus créant une diarrhée sévère chez le porc en Chine. Il y a probablement des centaines d’autres coronavirus en Asie du Sud-Est, et des milliers de virus inconnus. On sait par exemple qu’en Malaisie et au Bangladesh, il y a eu des éclosions de nouveaux virus Nipah qui causent des encéphalites, mais heureusement, le virus est surtout transmissible de la chauve-souris à l’homme, pas d’une personne à l’autre. » 

L’équipe de M. Daszak, qui a publié ses résultats en 2005 dans Nature, a par la suite fait des tests chez des habitants de la province du Yunnan, qui ont montré que 3 % d’entre eux étaient porteurs d’anticorps pour des coronavirus.

Densité et biodiversité

Pourquoi les coronavirus émergent-ils en Chine ? « C’est probablement parce que c’est l’un des endroits dans le monde où trois facteurs critiques sont les plus intenses, dit M. Daszak. Il y a un changement rapide de l’environnement sauvage, avec l’urbanisation. Ensuite, il y a une grande biodiversité. Enfin, on a des villes densément peuplées. Les 11 millions d’habitants de Wuhan habitent à moins de 2 km des cavernes où vivent des chauves-souris. »

Le seul coronavirus ayant touché l’homme récemment qui ne provenait pas de Chine est le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO), qui, selon M. Daszak, s’est transmis de chauves-souris du nord-est de l’Afrique au chameau, puis a connu des mutations chez les éleveurs de dromadaires d’Arabie saoudite l’ayant rendu capable d’infecter l’homme.

Pourquoi alors le virus Ebola et le virus Zika proviennent-ils d’Afrique de l’Ouest ? « Dans une étude publiée dans Nature en 2008, nous avons montré que la Chine, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique de l’Ouest étaient les trois régions du monde où étaient réunis les trois facteurs critiques pour l’émergence de nouveaux virus d’origine animale, dit M. Daszak. Le virus Ebola et le virus Zika sont nés en Afrique de l’Ouest parce que le réservoir est le singe plutôt que la chauve-souris. Il y a moins de singes en Chine, du moins pour ce qui est des contacts avec les humains. »

Réservoir de grippe

La grippe saisonnière suit aussi une trajectoire d’ouest en est à partir de la Chine et de l’Asie du Sud-Est. « À partir du réservoir de grippe, vraisemblablement les fermes porcines ou aviaires, de nouvelles souches humaines apparaissent chaque hiver en Chine, puis touchent l’Australie et la Nouvelle-Zélande l’été [l’hiver austral], et enfin terminent leur course en Amérique du Nord à la fin de l’automne et en Europe pendant l’hiver, dit M. Daszak. C’est sur la base des souches qu’on voit en Chine et en Asie du Sud-Est qu’on prépare les vaccins pour l’Amérique du Nord et l’Europe. Pour cette raison aussi, on pense qu’on pourrait diminuer la sévérité de la grippe en agissant sur les fermes porcines et aviaires asiatiques. » La situation est cependant compliquée par la présence de souches différentes de la grippe chez des oiseaux migratoires, qui peuvent affecter les souches humaines quand elles traversent le Pacifique.