Cinquante ans après avoir participé à la conquête de la Lune, le Québec retournera visiter le satellite de la Terre. L’Agence spatiale canadienne (ASC) a annoncé mardi les six premières technologies lunaires qu’elle financera dans le cadre de sa participation à la station orbitale lunaire Gateway, dont une entreprise de Québec.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Des robots industriels à la Lune

Il y a 50 ans, le Québec a contribué à la toute première conquête lunaire en concevant les pattes utilisées par l’alunisseur afin de se poser sur l’astre. Le Québec récidivera bientôt dans la conquête lunaire alors que l’entreprise ABB Québec a été sélectionnée pour participer au programme spatial canadien. Elle mettra au point un spectromètre infrarouge d’analyse géologique, une première incursion au-delà de l’orbite terrestre pour la société québécoise. « On fait depuis les années 90 des instruments qui sont sur des satellites », explique Jacques Giroux, d’ABB. « On a des applications du genre météorologie, un instrument de mesure des gaz à effet de serre pour le gouvernement japonais, et un spectromètre sur le satellite canadien SCISAT qui est utilisé pour la problématique de la couche d’ozone. On va utiliser les mêmes technologies, mais pour observer le sol lunaire à partir d’un périscope installé sur un rover. » Cette division du groupe européen de génie a été fondée dans les années 70 à Québec sous le nom de Bomem et se spécialise surtout dans les capteurs utilisés par les robots industriels.

Robots et instruments

« Les systèmes choisis répondent bien aux niches existantes du Canada », explique Erick Dupuis, directeur du développement de l’exploration spatiale à l’ASC. « On parle des instruments de mesure, où on a une expertise en université et dans les compagnies, et de petits robots mobiles qui sont une évolution naturelle de l’expertise canadienne avec les bras robotiques. On veut préparer l’avenir. » Les six technologies choisies, qui se partagent 4,4 millions, ne voyageront pas toutes dans l’espace. Mais un prototype sera prêt dans chaque cas d’ici 18 mois. Au total, l’ASC va verser 150 millions pour développer des technologies lunaires d’ici cinq ans. La station Gateway, qui sera habitable dès 2024, sera équipée de la troisième génération du bras robotique canadien.

Les autres instruments

Outre ABB Québec, les autres sociétés choisies par l’ASC sont ontariennes et manitobaine. Bubble Technology développera un spectromètre à hydrogène pour détecter la présence d’eau et de glace sous la surface lunaire. Canadensys Aerospace mettra au point deux petits rovers. Magellan Aerospace travaillera sur un impacteur dédié à la détection d’eau sur la face cachée de la Lune. Mission Control Space Services planchera sur un système d’évaluation des sols lunaires. Enfin, l’Université Western élaborera un système de vision servant à la fois aux déplacements des rovers et à la caractérisation géologique. Mission Control aidera aussi ABB pour les systèmes de gestion de son spectromètre, notamment pour la communication avec le rover. ABB aura aussi l’aide de chercheurs d’universités manitobaines et néo-brunswickoises. Une dizaine d’entreprises avaient déposé des projets à l’ASC.