Une troisième sonde en cinq ans s’envolera dimanche vers le Soleil. Les caméras de Solar Orbiter scruteront pour la première fois les pôles solaires et établiront un record de photographie rapprochée.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Pôles et ellipse

« C’est un âge d’or pour l’étude du Soleil », a déclaré Nicky Fox, responsable de l’héliophysique à la NASA, durant une téléconférence de presse à la fin de janvier. « Les temps sont favorables aux physiciens solaires. » Solar Orbiter, ou SolO, dont le budget dépasse 1 milliard US, prendra en 2021 une orbite elliptique inclinée autour du Soleil, qui lui permettra de survoler ses deux pôles. La seule autre sonde à avoir exploré les pôles du Soleil a été Ulysses, en 1994-1995, mais à une distance huit fois plus grande, soit 200 millions de kilomètres. De plus, Ulysses n’avait pas de caméra. « Les images des pôles ajouteront une nouvelle dimension à notre compréhension du Soleil », a dit Mme Fox. Cela pourrait permettre une modélisation en trois dimensions des pôles, pour comprendre comment leur activité et leur champ magnétique influencent les portions du Soleil qui font face à la Terre.

Un compagnon pour Parker

PHOTO BILL INGALLS, FOURNIE PAR LA NASA

Lancement de la sonde Parker, en août 2018

SolO aidera aussi à interpréter les données d’une autre sonde solaire, Parker, lancée à l’été 2018. Parker s’approche beaucoup plus près du Soleil, mais n’a pas de caméra. « Parker fait du bon travail par elle-même, mais quand on les met ensemble, on a un système d’observatoire beaucoup plus puissant », a dit Mme Fox. La NASA a mis au point SolO avec l’Agence spatiale européenne (ESA). L’ESA a lancé avec la NASA cinq autres sondes depuis 1990, et la NASA en a lancé une demi-douzaine d’autres par elle-même dans ce laps de temps. Avant Parker, la dernière sonde lancée par la NASA était le Deep Space Climate Observatory en 2015, qui reste à 150 millions de kilomètres du Soleil.

Tempêtes solaires

PHOTO FOURNIE PAR LA NASA

Des tests ont récemment été effectués sur la sonde Solar Orbiter.

L’une des grandes avancées pratiques de SolO sera la prédiction des tempêtes solaires. Les astronomes savent que l’activité solaire suit un cycle de 22 ans, mais en ignorent les raisons et ce qui rend certains maximums plus forts que d’autres. « Nous voulons, avec Solar Orbiter, comprendre comment notre étoile crée et contrôle l’environnement spatial constamment en changement de notre système solaire », a dit Yannis Zouganelis, directeur adjoint du projet pour l’ESA, à la conférence de presse de la fin de janvier. Cette semaine, une étude britannique publiée dans les Geophysical Letters a conclu que les tempêtes spatiales assez intenses pour nuire aux satellites survenaient en moyenne tous les 25 ans. L’étude s’est basée sur des données remontant à une tempête solaire ayant paralysé les premiers réseaux de télégraphes en 1859. La dernière tempête solaire assez intense pour nuire aux satellites a eu lieu en 1989 et a causé des pannes d’électricité importantes au Québec.

La sonde Solar Orbiter en chiffres

180 jours : durée de l’orbite de la sonde

42 millions de kilomètres : distance à laquelle la sonde prendra des photos du Soleil en 2021. À l’heure actuelle, la photo la plus rapprochée du Soleil a été prise à 150 millions de kilomètres par le télescope spatial Solar Dynamics Observatory de la NASA en 2015.

0,28 unité astronomique : distance entre le Soleil et le point le plus rapproché de l’orbite de Solar Orbiter. Une unité astronomique correspond à la distance entre la Terre et le Soleil.

Source : NASA