Les bébés se mettent sur la même longueur d’onde que les adultes avec lesquels ils jouent, selon une nouvelle étude américaine.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Des études montrent que les cerveaux des adultes se mettent sur la même longueur d’onde quand ils regardent un film ou écoutent une histoire avec quelqu’un », explique par voie de communiqué Elise Piazza, neuropsychologue à l’Institut de neuroscience de l’Université Princeton, qui est l’auteure principale de l’étude publiée en décembre dans la revue Psychological science. « On connaît mal par contre cette synchronisation neuronale dans les premières années de la vie. »

L’étude portait sur des jeux entre adultes et bébés assis contre leur mère : des chansons, des jouets partagés, de la lecture, des dialogues avec contact visuel, notamment. Dans un deuxième temps, l’expérimentatrice délaissait le bébé, qui continuait à jouer avec leur mère, et se mettait à raconter une tranche de vie à un troisième adulte. Les 18 bébés fréquentaient le Laboratoire de bébés de Princeton, qui se penche sur l’apprentissage du langage et la compréhension du monde par les bébés. Il y en avait au départ 42, mais 21 d’entre eux couinaient trop fort, ce qui brouillait les ondes, et trois ont refusé de porter le casque d’imagerie médicale. Les bébés avaient de neuf à 15 mois.

Le casque mesure par infrarouge l’oxygénation du sang du cerveau, qui est associée avec l’activité neuronale dans les différentes régions du cerveau. Les 57 régions étudiées sont impliquées dans la prédiction, dans la compréhension du langage et dans la compréhension de la perspective d’autrui.

Les chercheurs ont été surpris de constater que la région la plus impliquée lors du couplage neuronal était le cortex préfrontal, impliqué dans la compréhension complexe du monde, et considéré peu développé dans les premières années de la vie. Les ondes du bébé étaient synchronisées avec celles de l’expérimentatrice seulement lorsqu’elle jouait avec lui, pas quand elle discutait avec le troisième adulte.

« Nous avons été surpris de constater que le cerveau du bébé précédait souvent de quelques secondes le changement d’ondes de l’adulte, ce qui montre qu’il peut guider le bébé vers son prochain centre d’attention, au niveau des jouets à saisir ou du langage, dit Mme Piazza. Il semble aussi y avoir une rétroaction, une influence mutuelle. »