Dans certains cas, c’est une avancée prévisible mais qui va avoir un grand impact sur la société, l’environnement ou l’économie. Dans d’autres, c’est un grand pas en avant qui est possible mais loin d’être certain. Voici 10 nouveautés scientifiques qui pourraient survenir d’ici 2030.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Un avion de ligne court-courrier électrique

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La Norvège a frappé les esprits avec son objectif de ne plus avoir de nouvelles voitures à essence, même hybrides, en 2030. Moins connu, ce même plan d’action norvégien visait aussi des vols court-courriers électriques. L’aviation représente 2,5 % des émissions humaines de gaz à effet de serre, mais cette proportion est appelée à augmenter. Airbus a fait voler un petit bimoteur à hélices électriques, le X-Fan, en 2014, et veut tester un petit avion de ligne hybride, l’E-Fan X, en 2021. La NASA devrait tester un avion d’affaires électriques, le X-57, en 2020.

De l’essence à partir de CO2

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En 2018, une entreprise albertaine, Carbon Engineering, a affirmé avoir réussi à abaisser à 125 $ par tonne le coût de la capture directe du CO2 atmosphérique et être sur le point de produire du carburant aéronautique pour le marché californien, où la réglementation climatique est très sévère. Après avoir capté le CO2, le gaz est décomposé pour en tirer du carbone, la base de l’essence. L’usine pilote de Carbon Engineering se trouve en Colombie-Britannique et est alimentée par l’hydroélectricité. Pour qu’un carburant de ce genre soit vraiment carboneutre, il faut en effet qu’il utilise de l’énergie renouvelable. Une demi-douzaine de sociétés concurrentes en Europe et en Amérique du Nord planchent sur la captation directe du CO2 atmosphérique, une avenue toutefois considérée comme un leurre par plusieurs groupes environnementalistes.

La destruction totale du VIH

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Les thérapies anti-VIH sont de nos jours tellement efficaces que les patients ne peuvent plus transmettre le virus. Ils ont ce qu’on appelle une « charge virale indétectable ». Certains peuvent même prendre un congé de thérapie pendant quelques mois sans que le virus redevienne détectable. Mais il demeure en latence dans des « réservoirs » du corps humain où les traitements actuels ne parviennent pas à le traquer et finit éventuellement par se réveiller. Depuis une demi-douzaine d’années, l’un des principaux objectifs des recherches sur le VIH est de trouver une manière de détruire le virus en latence ou alors de forcer son réveil afin de le détruire.

La vie extraterrestre

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Des milliers d’exoplanètes ont été découvertes et quelques dizaines sont considérées comme habitables, capables d’abriter l’eau liquide. Mais comment savoir si ces exoplanètes habitables le sont vraiment ? Les prouesses de l’astrophysique permettent maintenant d’analyser l’atmosphère des exoplanètes situées à des années-lumière de distance. En septembre, par exemple, des astrophysiciens britanniques ont détecté de l’eau dans l’atmosphère d’une exoplanète. Que faudrait-il détecter pour être presque sûr qu’il s’agit d’une preuve de vie extraterrestre ? « La présence simultanée d’oxygène et de méthane est généralement considérée comme une biosignature très robuste », dit Björn Benneke, spécialiste des exoplanètes à l’Université de Montréal. « L’oxygène en lui-même peut également résulter de la photochimie : les rayons ultraviolets émis par l’étoile peuvent briser les molécules de H2O (vapeur d’eau), qui laissent ensuite derrière eux H2 et O2. L’hydrogène peut s’échapper dans l’espace en laissant derrière lui une atmosphère riche en oxygène. Ce serait un processus inorganique. »

La vie sur Mars

Une dizaine de rovers vont arpenter la surface de la Planète rouge dans la prochaine décennie, dont trois l’an prochain. L’un d’eux pourrait fort bien découvrir une trace indéniable de la présence passée de vie sur Mars, sous forme de molécules organiques fossiles. Jusqu’à maintenant, toutes les preuves de vie martienne peuvent avoir une autre explication. Par exemple, en 2015, des images du rover Curiosity se sont révélées semblables à des sédiments d’origine microbienne dans un lac séché à Yellowknife.

Une base lunaire

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En 2019, le président Donald Trump a remis la Lune au centre des objectifs spatiaux américains. Il a demandé à la NASA d’inaugurer d’ici 2022 une station en orbite autour de la Lune, qui s’appellera Gateway. La station, qui servira également de point de départ vers Mars, pourrait être habitée dès 2026, avec une base sur la surface de la Lune en 2028. Comme les fonds nécessaires à ces projets ne sont pas encore approuvés, il pourrait s’agir de vœux pieux. Il vaut donc mieux se fier aux projets chinois d’une base robotique sur la Lune en 2027, avec une base habitée dans les années 2030.

Du steak haché en éprouvette

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Le premier essai réussi de viande cultivée en éprouvette, dévoilé par l’Université de Maastricht en 2013, coûtait cher à produire : 250 000 euros pour une boulette de hamburger. Plus tôt cette année, une PME israélienne, Aleph Farms, affirme avoir abaissé ce coût à 50 $ US la boulette. Et à ce prix, personne n’a attesté que la boulette de steak haché en éprouvette goûtait la même chose que du bœuf AAA. Qu’à cela ne tienne, le Forum économique mondial, en mars, et la firme américaine de consultants AT Kearney ont cette année publié des rapports annonçant que d’ici 2030, cette viande artificielle serait commercialisée et concurrentielle.

Renverser l’alzheimer

Pour le moment, le traitement contre l’alzheimer vise à retarder l’apparition des symptômes. On peut maintenant gagner de quatre à six ans de lucidité. La prochaine étape est de résorber une partie de la démence de l’alzheimer. Les spécialistes ne pensent pas qu’il soit possible de réparer totalement les dommages causés par cette maladie, du moins pas d’ici 2030. Une centaine de médicaments sont à mi-parcours des essais cliniques, grâce à un programme américain lancé en 2012 qui visait à avoir des médicaments stoppant la progression des symptômes d’ici 2025, un objectif « controversé » parce que trop ambitieux, concluait le magazine Science en 2018. Le financement pour les recherches publiques américaines sur l’alzheimer a triplé à 2 milliards US par année depuis 2012.

Un bon pronostic pour tous les cancers

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La manière la plus courante d’évaluer les chances de survie après un diagnostic de cancer est le taux de survie après cinq ans. En moyenne, ce taux a progressé de 55 % à 63 % au Canada depuis 1990. Mais l’amélioration est inégale : 90 % des femmes survivent plus de cinq ans au cancer du sein, contre 75 % dans les années 70, mais le cancer du poumon ne compte que 18 % de survivants après cinq ans, contre 21 % il y a 40 ans. Seulement 8 des 20 cancers les plus fréquents ont un taux de survie à cinq ans supérieur à 70 %. Peut-on espérer que chacun de ces 20 cancers franchisse la barre d’ici 2030 ?

Des robots agricoles

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Des robots remplaceront-ils les travailleurs agricoles dans les champs ? Ce n’est pas demain la veille, mais d’ici 2030, l’une des dizaines de prototypes actuellement testés en Europe, en Amérique du Nord et au Japon pourrait bien voir le jour. Seulement pour les fraises, des robots sont testés au Japon, au Royaume-Uni, en Espagne, en Belgique et aux États-Unis. Mais l’expérience du désherbeur robotique Bonirob, du géant de l’électronique Bosch, montre les difficultés de concurrencer les ouvriers agricoles souvent immigrés. En 2012, un responsable avait affirmé à La Presse que Bonirob serait commercialisé en 2013. Un prototype final a été présenté en 2015 et, jusqu’à maintenant, aucun chiffre de vente n’a été dévoilé pour le Bonirob – probablement à cause de son prix de 240 000 euros, affirmait l’an dernier le livre Automation in Agriculture.