Le réchauffement de la planète pourrait contribuer à faire tripler le nombre de cas d’Ebola d’ici 50 ans, alors que des épidémies pourraient apparaître dans l’ouest du Maghreb et en Égypte, selon une nouvelle étude britannique.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Les facteurs de risque

Seulement 25 éclosions d’Ebola ont été enregistrées depuis sa découverte, ce qui rend son étude difficile. « Nous avons contourné le problème en considérant les facteurs de risque qui expliquent qu’un nombre important de cas apparaissent, et que le virus passe d’une région à une autre », explique David Redding, généticien au Collège universitaire de Londres. Dans une étude publiée l’automne dernier dans la revue Nature Communications, il souligne qu’« une éclosion d’Ebola dépend de la température, des pluies, de la déforestation et de la construction de routes, de la progression de la richesse et de la démographie des populations humaines, et des migrations saisonnières et sporadiques des animaux ». Un modèle mathématique mis au point par M. Redding et ses collègues a permis de simuler 1000 éclosions, en changeant chaque fois certaines variables des régions de l’Afrique étudiées. Selon leurs calculs, les éclosions d’Ebola pourraient devenir de 1,75 à 3,2 fois plus fréquentes d’ici 2070, et toucher le Maroc, l’Algérie ainsi que la Tunisie. Le virus pourrait ainsi toucher régulièrement plus de 10 000 personnes à la fois. Jusqu’à maintenant, seulement deux éclosions ont fait plus de 500 victimes, soit celle survenue en 2014-2016 et celle qui sévit depuis 2018 en République démocratique du Congo (RDC).

Foyers indétectables

La modélisation de M. Redding a permis de trouver des dizaines de petites éclosions d’Ebola, qui ont fait moins d’une dizaine de victimes, dans le centre-ouest de l’Afrique. « Ce sont des éclosions qui n’ont jamais été détectées parce qu’elles se sont produites dans des endroits isolés, dit le généticien londonien. Selon le modèle de transmission du virus, il est certain qu’il y a eu des éclosions indétectables. » La première éclosion d’Ebola a eu lieu en 1976 en RDC et a fait plus de 300 victimes.

Réservoirs

Ebola est difficile à étudier parce qu’on ne sait pas quel animal le transmet et sert de « réservoir » de virus entre deux éclosions humaines. « Nous présumons que les contacts entre les singes et les chauves-souris frugivores jouent un rôle dans la transmission d'Ebola, mais nous ne savons même pas si les chauves-souris sont porteuses du virus, dit M. Redding. Il n’a jamais été isolé chez ces espèces. On a aussi des rapports sporadiques de transmission de singes aux hommes, mais ce n’est pas très répandu. D’autres réservoirs possibles sont les antilopes, qui pourraient être porteuses sans être malades. Tout ce qu’on sait, c’est que le virus ne se transmet probablement pas par les insectes. »

Les origines d’Ebola

En 2015, une étude américaine a émis les premières hypothèses sur l’émergence d’éclosions du virus Ebola dans l’ouest de l’Afrique. Dans la revue PLOS Neglected Tropical Diseases, les virologues de l’Université Virginia Tech expliquent que le commerce de la venaison, avec l’amélioration des routes dans les années 60 et 70, explique probablement les premières éclosions humaines. Ces éclosions ont par la suite été favorisées par les rites funéraires où plusieurs personnes, généralement des femmes, préparent le cadavre pour l’inhumation.