Les études qui dénoncent une baisse grave, voire un effondrement, de la biodiversité font fausse route, selon un professeur de l’Université McGill, Brian Leung. Dans une étude publiée dans la revue Nature, le chercheur en écologie soutient qu’un petit nombre d’espèces très menacées cachent le fait que la plupart des espèces se portent relativement bien.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Des perdants… et des gagnants

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’UNIVERSITÉ MCGILL

Brian Leung, professeur au département de biologie de l’Université McGill et titulaire de la Chaire UNESCO « Dialogue pour un avenir durable »

Les populations de vertébrés ont diminué de moitié depuis 1970, note l’étude publiée dans Nature par Brian Leung, écologiste à l’Université McGill et titulaire de la Chaire UNESCO « Dialogue pour un avenir durable ». « Mais ce chiffre est basé sur un petit nombre de populations qui connaissent un déclin extrêmement rapide et qui faussent la moyenne, explique M. Leung. Chez certains mammifères marins, amphibiens et oiseaux aquatiques, on voit des baisses très importantes. Mais l’évolution typique des populations de vertébrés, même dans ces catégories, est très stable. Il y a même des augmentations importantes, quoique moins extrêmes, dans certaines populations. C’est notamment le cas chez les oiseaux et les mammifères de l’Atlantique Nord. En ce qui concerne les poissons, un peu partout dans le monde, on voit une minorité de déclins extrêmes et d’augmentations extrêmes. »

Baleines et hiboux au Canada

Le biologiste de McGill a dressé pour La Presse une liste de 12 populations de vertébrés qui connaissent une augmentation importante ou un déclin important au Canada, soit six en baisse et six en hausse.

D’abord, il y a le rorqual à bosse, qui se trouve dans les deux catégories à la fois. Il existe en effet sept sous-populations de rorqual à bosse au Canada, et l’une d’elles connaît un fort déclin tandis qu’une autre connaît une forte croissance, indique M. Leung.

Parmi les autres espèces en croissance importante, on note le hibou des marais (présent au Québec), la baleine de Sowerby, le phalarope à bec étroit (un oiseau marin présent au Nunavik), l’éperlan arc-en-ciel (présent dans l’estuaire du Saint-Laurent) et le grenadier de roche (présent dans le golfe du Saint-Laurent).

Espèces dont la population croît de façon importante

  • Le hibou des marais

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Le hibou des marais

  • La baleine de Sowerby

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    La baleine de Sowerby

  • Le phalarope à bec étroit

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Le phalarope à bec étroit

  • L’éperlan arc-en-ciel

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    L’éperlan arc-en-ciel

  • Le grenadier de roche

    PHOTO FOURNIE PAR NATURE

    Le grenadier de roche

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Parmi les populations en déclin important, on relève trois espèces présentes dans le golfe du Saint-Laurent, soit la plie canadienne, le rorqual commun et la baleine noire, ainsi qu’une espèce de l’Arctique, la baleine boréale, et une de la côte atlantique, le loup à tête large.

Espèces dont la population est en fort déclin

  • La plie canadienne

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    La plie canadienne

  • Le rorqual commun

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Le rorqual commun

  • Une baleine noire avec son petit dans le golfe du Saint-Laurent

    PHOTO FOURNIE PAR PÊCHES ET OCÉANS CANADA

    Une baleine noire avec son petit dans le golfe du Saint-Laurent

  • Une baleine boréale avec son petit au Nunavut

    PHOTO FOURNIE PAR WWF

    Une baleine boréale avec son petit au Nunavut

  • Le loup à tête large

    PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS

    Le loup à tête large

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Quelques baleines en chiffres

PHOTO FOURNIE PAR WWF

Le rorqual à bosse

400

Nombre de baleines noires dans l’Atlantique, aux États-Unis et au Canada

12 000

Nombre de rorquals à bosse dans l’Atlantique Nord. On estime à 16 000 le nombre de rorquals à bosse dans le Pacifique Nord.

290

Nombre de rorquals communs dans le golfe du Saint-Laurent. On estime qu’il y a entre 1500 et 3000 rorquals communs dans l’océan Atlantique.

Source : ministère des Pêches et Océans du Canada

Le cas de la rainette faux-grillon

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La rainette faux-grillon de l’Ouest ou Pseudacris maculata

La rainette faux-grillon de l’Ouest, une minuscule grenouille qui a encore fait la manchette cette semaine, est intéressante à cet égard. Il s’agit d’une espèce en voie de disparition qui a fait l’objet d’un décret fédéral de protection en 2016, bloquant un projet immobilier à La Prairie. Les promoteurs, qui contestaient le décret fédéral devant les tribunaux, ont finalement mordu la poussière. La Cour suprême du Canada a refusé d’entendre leur cause, jeudi dernier.

Le nom scientifique de cette grenouille est Pseudacris maculata, mais jusqu’en 2007, les biologistes la confondaient avec une cousine, Pseudacris triseriata, selon un rapport publié en février 2019 par le ministère provincial des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Pseudacris triseriata est présente dans plusieurs États américains de l’est des Grands Lacs et dans le sud-ouest de l’Ontario, jusqu’à Toronto. P. maculata, elle, est présente dans une dizaine d’États et de provinces du centre du continent, ainsi qu’en Ontario et dans l’ouest du Québec. En Ontario, P. maculata n’est « pas en déclin significatif », selon l’ONG Ontario Nature.

Une espèce peut-elle être menacée dans une province et en bonne santé ailleurs ? « Pour un biologiste, un déclin à un endroit signifie qu’il y a des problèmes sur le plan de l’environnement », répond Emily Lemmon, biologiste de l’Université d’État de Floride qui a établi que la rainette faux-grillon du Québec était P. maculata.

PHOTO FOURNIE PAR L’USF

Emily Lemmon, biologiste à l’Université d’État de Floride

« Par exemple, il y avait des P. maculata au Vermont, mais il n’y en a plus. Aussi, il peut y avoir des particularités génétiques différentes des sous-populations. » Justement, une étude publiée en 2019 dans le Journal of Herpetology par des chercheurs québécois énumère les différences génétiques entre 12 sous-populations de P. maculata des régions de Montréal et d’Ottawa, ainsi que du sud-est de l’Ontario.

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Nombre de rainettes faux-grillons du Québec et de l’Ontario dont le génome a été établi par une étude québécoise de 2019

Source : Journal of Herpetology

Un vaccin pour le tigre de l’Amour ?

PHOTO FOURNIE PAR LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE LONDRES

Des tigres de l’Amour en Sibérie

Un autre exemple qui illustre bien l’importance des menaces localisées à une espèce est celui du tigre de Sibérie, aussi appelé tigre de l’Amour, du nom d’un fleuve traversant la Sibérie et le nord de la Chine. « L’espèce était presque éteinte dans les années 1970, mais il y en a maintenant environ 500 le long de la côte en Sibérie », explique Martin Gilbert, biologiste à l’Université Cornell.

PHOTO H. LEE, FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ CORNELL

Martin Gilbert, biologiste, avec des moutons et des chèvres au Tadjikistan

Une bonne nouvelle assombrie par le fait qu’un virus provoquant la « maladie de Carré », cousin de la rougeole, menace sa réintroduction dans d’autres régions. « Il semble y avoir un retour de quelques individus dans le nord de la Chine, à partir d’une sous-population de 25 individus située à l’intérieur des terres. Si le virus, qui a un taux de mortalité de 50 %, frappe cette sous-population, la réintroduction en Chine pourrait être compromise », note Martin Gilbert, qui vient de publier dans la revue PNAS une étude sur un virus qui provoque la « maladie de Carré » chez le tigre de l’Amour. Selon l’étude, une vaccination des carnivores sauvages devrait être envisagée.

Retour de la pieuvre à Guernesey…

PHOTO TIRÉE DU SITE DE GAVIN ARNOLD

Une pieuvre de Guernesey

Une espèce nordique de pieuvre recommence à peupler les eaux de Guernesey, une île britannique de la Manche, rapporte la BBC. La pieuvre traditionnelle de Guernesey, une espèce méridionale, s’est éteinte lors d’un hiver particulièrement froid au début des années 1960. Guernesey est symbolique pour l’espèce parce que le terme « pieuvre » provient du patois de l’île. Il a été introduit dans la langue française par Victor Hugo lors de son exil à Guernesey, après la prise de pouvoir de Napoléon III, dans son roman Les travailleurs de la mer publié en 1866, selon la BBC.

… Et de l’opossum pygmée dans l’île Kangourou

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE KANGAROO ISLAND LAND FOR WILDLIFE

Des opossums pygmées de l’île de Kangourou, en Australie

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE KANGAROO ISLAND LAND FOR WILDLIFE

Un opossum pygmée de l’île de Kangourou, en Australie

Un opossum pygmée a été observé dans l’île de Kangourou, en Australie, pour la première fois depuis les incendies de forêt qui ont dévasté l’île voisine d’Adélaïde au début de l’année. Le Guardian rapporte que l’ONG Kangaroo Island Land for Wildlife a fait cette observation après que le pire a été craint pour cette sous-population d’opossums pygmées, 88 % de son habitat insulaire ayant été détruit. Il y a cinq espèces d’opossums pygmées, dont quatre en Australie. Mais celle qui habite l’île Kangourou n’est pas menacée de disparition dans le pays parce qu’elle est présente ailleurs en Australie, dont en Tasmanie.