Plus de 700 000 décès dans le monde résultent chaque année d’infections résistantes. D’ici 2050, ce chiffre pourrait passer à 10 millions, soit plus que le nombre de décès causés par le cancer, avance la Fédération internationale de l’industrie du médicament.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

« La résistance aux antimicrobiens ne semble peut-être pas aussi urgente qu’une pandémie, mais elle est tout aussi dangereuse », a déclaré le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 20 novembre, lors d’une conférence de presse dans le cadre de la Semaine mondiale pour un bon usage des antimicrobiens.

« C’est l’une des plus grandes menaces pour la santé de notre époque » et « elle menace de réduire à néant un siècle de progrès médical et de nous laisser sans défense contre des infections qui, aujourd’hui, peuvent être traitées facilement », a-t-il ajouté.

La résistance aux antimicrobiens se produit lorsque les bactéries, les virus, les champignons et les parasites changent en réponse à l’utilisation de ces médicaments et y deviennent résistants. Il en résulte des infections plus difficiles à traiter, des maladies plus graves et une mortalité accrue.

PHOTO FOURNIE PAR PHILIPPE MORENCY-POTVIN

Philippe Morency-Potvin, microbiologiste-infectiologue et coprésident du comité pour l’amélioration de l’usage des antimicrobiens au CHUM

« Historiquement, les infections bactériennes étaient une des grandes causes de mortalité. Les antibiotiques sont devenus un remède miracle au XXIe siècle et aujourd’hui, on se sent un peu invincibles face aux infections bactériennes, explique le docteur Philippe Morency-Potvin, microbiologiste-infectiologue et coprésident du comité pour l’amélioration de l’usage des antimicrobiens au CHUM. La résistance antimicrobienne vient toutefois mettre en péril cette invincibilité. »

Ampleur du problème

Les professionnels de la santé s’inquiètent de la résistance aux antibiotiques, qui atteint des niveaux dangereusement élevés dans toutes les régions du monde. « Il y a de la résistance aux antibiotiques partout », soutient Roger C. Lévesque, chercheur en microbiologie et génomique microbienne à la faculté de médecine de l’Université Laval. Selon l’OMS, la résistance aux antimicrobiens se classe parmi les 10 principales menaces mondiales pour la santé publique.

Cette résistance est également en hausse au Canada. « En 2018 seulement, l’antibiorésistance a causé plus de 5000 morts au Canada », affirme Yves Brun, professeur au département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal. Il ajoute que cette résistance coûte 1,4 milliard de dollars par année au système de santé canadien.

Les bactéries peuvent développer une résistance aux antibiotiques à peine un ou deux ans après le début de son utilisation, explique M. Brun.

26 %

Proportion des infections qui sont résistantes aux médicaments généralement utilisés pour les traiter, selon les experts canadiens. Ils prévoient une résistance de 40 % d’ici 2050.

« L’antibiorésistance pourrait augmenter le risque de morbidité et de complications mortelles des procédures médicales de routine telles que le remplacement articulaire, la chimiothérapie et les césariennes », se désole Yves Brun. Le DMorency-Potvin ajoute que la résistance antimicrobienne peut prolonger les durées d’hospitalisation, surcharger le système de santé et augmenter les coûts des soins de santé.

Prévention

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Yves Brun, professeur au département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal

Le monde a un besoin urgent de changer la façon dont il prescrit et utilise les antibiotiques, précise l’OMS. Yves Brun indique qu’il faut arrêter d’utiliser les antibiotiques à outrance, lorsqu’ils ne sont pas nécessaires. « Dans le passé, on a souvent donné des antibiotiques comme prévention. On ne le fait pratiquement plus, car on sait que les bactéries peuvent s’adapter », renchérit Christian Baron, professeur au département de biochimie et médecine moléculaire de l’Université de Montréal.

Roger C. Lévesque indique qu’il y a très peu de nouveaux antibiotiques importants qui ont été développés au cours des dernières décennies. La subvention de la recherche pour le développement de nouveaux antibiotiques est donc primordiale. « Il faut essayer d’être en avance dans la course contre les bactéries, parce qu’elles vont toujours trouver un moyen pour lutter contre nos antibiotiques les plus récents », précise M. Brun.

Que faire pour prévenir et contrôler la propagation de la résistance aux antibiotiques

1. N’utilisez des antibiotiques que sur prescription d’un professionnel de la santé agréé.

2. Ne demandez jamais d’antibiotiques si le professionnel de la santé dit que vous n’en avez pas besoin.

3. Suivez toujours les conseils des professionnels de la santé lors de l’utilisation d’antibiotiques.

4. Ne partagez ou n’utilisez jamais d’antibiotiques restants.