Les enfants ne sont pas les seuls chez qui la COVID-19 peut provoquer – dans de rares cas – des symptômes semblables à ceux de la maladie de Kawasaki. Les adultes aussi courent ce risque, selon une étude des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC), qui recensent 27 cas aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

« Au début, on pensait que la COVID-19 avait cet effet seulement chez l’enfant, mais on a décrit aussi des cas chez les adultes, et pas seulement de jeunes adultes », explique Donald Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « Nous n’en avons pas vu au CUSM, mais je fais partie d’un consortium mondial qui suit la situation chez l’enfant et l’adulte. On vient juste d’apprendre que ce syndrome peut affecter des adultes, et sa déclaration n’est pas obligatoire, alors il est trop tôt pour avoir une idée exacte de sa fréquence. »

Ce syndrome associé à la COVID-19 est différent de la maladie de Kawasaki, qui a été identifiée au Japon en 1967 et dont les causes sont encore mal comprises. Les symptômes inflammatoires liés à la COVID-19 sont appelés « syndrome inflammatoire multisystème » (SIM). Contrairement à la maladie de Kawasaki, il n’implique pas d’inflammation des yeux et l’élargissement des ganglions, mais peut s’accompagner de conséquences cardiovasculaires. Chez les enfants, le SIM comporte des éruptions cutanées et de la fièvre, des problèmes gastro-intestinaux, alors que chez les adultes les manifestations sont surtout cutanées et cardiovasculaires, selon le DVinh.

« Il ne semble pas y avoir chez les enfants d’anévrismes des artères coronariennes, comme on le voit chez les adultes avec le SIM », dit le DVinh.

Le rapport des CDC, publié début octobre, fait état de 9 cas signalés aux CDC, de 7 histoires de cas publiées par des médecins et de 11 patients décrits dans des revues avec comité de révision, entre juin et août. Ces 27 patients avaient en commun de n’avoir aucun problème respiratoire à part ces manifestations inflammatoires.

« Il y a probablement des cas qu’on manque parce que les symptômes inflammatoires sont moins importants, estime le DVinh. Le type de symptômes n’est pas encore complètement clair. On y verra plus clair au fur et à mesure qu’il y a des autopsies de patients morts de la COVID-19. »

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE L’UNIVERSITÉ DE CALIFORNIE À SAN DIEGO

Tomisaku Kawasaki, qui a décrit pour la première fois la maladie de Kawasaki en 1967

Beaucoup de spécialistes ont identifié les « tempêtes de cytokines », une réaction exagérée du système immunitaire qui ressemble à une maladie auto-immune, comme l’un des problèmes principaux des cas graves de COVID-19. Les cytokines sont des molécules du système immunitaire qui ont un effet inflammatoire. Est-ce que le syndrome fait partie du même type de réaction inflammatoire ?

« Non, la tempête de cytokines survient lors de la phase aiguë de la COVID-19, dit le DVinh. Le SIM est plutôt un syndrome post-infection, qui a lieu après la phase aiguë de la COVID-19. »

Cas possibles de SIM pédiatrique au Québec

Le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (CHU) et l’Hôpital de Montréal pour enfants rapportent tous deux une vingtaine de cas possibles de SIM pédiatrique, mais seul le CHU a pu confirmer une dizaine d’entre eux avec des tests sérologiques, parce que ces tests d’anticorps sont seulement disponibles pour la recherche au Québec. Il n’est généralement pas possible de diagnostiquer un SIM pédiatrique avec un test diagnostique avec écouvillon nasal, parce que les symptômes surviennent longtemps après l’infection, qui est généralement asymptomatique chez les enfants.

La Dre Marie-Paule Morin, de Sainte-Justine, et Rosie Scuccimarri, de l’Hôpital de Montréal pour enfants, rapportent que les cas de SIM sont généralement plus vieux que les cas de Kawasaki, qui touchent plutôt les enfants de moins de 5 ans. Avant la pandémie, Sainte-Justine voyait un ou deux cas de maladie de Kawasaki par semaine. Les petits patients des deux hôpitaux ont pour le moment bien récupéré du SIM.

Est-ce que le SIM pourrait être l’une des composantes de la COVID-19 de longue durée, la « long COVID », qui laisse des patients en mauvais état pendant plusieurs mois ? « Chez les adultes il peut y avoir des complications, mais c’est différent de la “long COVID”, dit le DVinh. On voit parfois des caillots veineux, des embolies pulmonaires, des AVC, des insuffisances de certains organes, surtout rénales, réversibles ou non, qui parfois imposent une dialyse temporaire. »

Les femmes et la COVID longue

Les femmes ont deux fois plus de risque que les hommes d’avoir des symptômes de la COVID-19 qui s’étirent sur plus d’un mois, selon une nouvelle étude du King’s College de Londres. Le risque augmente aussi avec l’âge, un patient sur cinq ayant une « COVID longue » après 70 ans, contre un sur dix entre 18 et 49 ans. Chez les femmes dans la cinquantaine, le risque est huit fois plus élevé que chez les 18-30 ans. L’analyse, publiée sur le site de prépublication MedRxiv, est basée sur 4182 utilisateurs d’une application de suivis des symptômes de la COVID-19.