Après avoir parcouru des milliards de kilomètres depuis son lancement il y a quatre ans, la sonde OSIRIS-REx tentera ce mardi de prélever un échantillon à la surface de l’astéroïde Bennu. C’est la première fois que le Canada participe à une mission internationale visant à rapporter un échantillon d’un astéroïde sur Terre.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Pourquoi l’astéroïde Bennu ?

D’une largeur de 500 mètres, cet astéroïde est l’un des corps célestes qui posent la plus grande menace pour l’humanité : le risque qu’il percute la Terre vers la fin du XXIIe siècle est assez élevé. Mais s’il a été choisi par la NASA, c’est plutôt parce que son orbite est similaire à celle de la Terre, ce qui permet de limiter la quantité de carburant requise pour s’y rendre, note Érick Dupuis, directeur du développement de l’exploration spatiale à l’Agence spatiale canadienne.

La sonde OSIRIS-REx a été lancée le 8 septembre 2016. Qu’a-t-elle accompli au cours des quatre dernières années ?

La sonde, de la taille d’un véhicule utilitaire sport, a parcouru 2 milliards de kilomètres sur une période de deux ans pour rejoindre l’astéroïde Bennu, en décembre 2018. Depuis, la sonde gravite autour de l’astéroïde, afin de produire une carte tridimensionnelle de sa surface, grâce à l’altimètre laser canadien (OLA), un instrument fourni par le Canada. « Avec cette technologie, Bennu est devenu l’objet céleste le mieux cartographié de tout le système solaire, incluant la Terre », se réjouit M. Dupuis. La carte tridimensionnelle a ainsi permis à l’équipe de choisir le site le plus approprié en se basant sur la composition du sol.

Qu’arrivera-t-il ce mardi ?

La sonde tentera de prélever un échantillon de la surface de l’astéroïde. Elle s’approchera de la surface, sans s’y poser, et un bras robotisé sera déployé et touchera la surface pendant une dizaine de secondes. Pendant ce court laps de temps, la sonde soufflera un jet d’azote afin de remuer la poussière et le gravier qui se trouvent à sa surface. L’équipe de scientifiques souhaite prélever de 60 à 2000 grammes de poussière.

PHOTO FOURNIE PAR LA NASA

Cette image de composite de Bennu a été créée avec 12 images prises par l’imageur PolyCam de la sonde spatiale OSIRIS-REx à une distance de 24 kilomètres.

Quels sont les défis de la mission ?

« C’est une manœuvre extrêmement délicate, affirme M. Dupuis. La surface de Bennu est beaucoup plus accidentée que ce qu’on croyait au début de la mission. » En effet, la sonde devra contourner un bloc rocheux de 10 mètres, de la taille d’un bâtiment de trois étages, sur l’une des parois du cratère. Si tout se passe bien, cet échantillon sera rapporté sur Terre en septembre 2023. En échange de sa contribution à la mission, le Canada recevra 4 % de l’échantillon, que des scientifiques pourront analyser dans le but de percer certains mystères de la formation du système solaire.

Comment la poussière d’astéroïde peut-elle nous informer sur l’origine de notre système solaire ?

Les astéroïdes font partie des corps les plus anciens du système solaire. Contrairement aux planètes qui subissent de l’érosion, les astéroïdes peuvent nous permettre de remonter jusqu’à la formation du système solaire, puisqu’ils demeurent relativement inaltérés. « Avec la tectonique des plaques, la matière circule sans cesse, donc on a toujours des matériaux neufs à la surface de la Terre. Sur un astéroïde, on est capable de voir ce dont les roches avaient l’air à l’origine de la formation du système solaire », explique Érick Dupuis. Bennu a aussi l’avantage d’avoir un fort contenu en carbone. Il est ainsi possible que les chercheurs découvrent des molécules qui constituent les éléments de base de la vie sur Terre.

> Une émission spéciale sur la mission et le prélèvement de l’échantillon sera diffusée sur la chaîne NASA TV, en anglais, ce mardi dès 17 h (HE).