On combine trois, quatre échantillons, ou plus. Si le résultat du test COVID-19 est négatif, on en a fait un seul. S’il est positif, on doit refaire chaque test individuellement.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

L’approche du regroupement d’échantillons (pooling) est de plus en plus utilisée dans les hôpitaux québécois. Mais elle a des limites.

« Nous avons calculé qu’en combinant huit échantillons, on peut sauver du temps jusqu’à ce que le taux d’échantillons positifs arrive à 8 % », explique Judith Fafard, médecin microbiologiste au Laboratoire de santé publique du Québec. « Et en ce moment, il y a une pénurie de réactifs, c’est sûr que ça joue aussi. »

Pour rester sous la barre des 8 %, on peut aussi augmenter le nombre de tests, ce qui diminue le taux et améliore le dépistage. L’autre option est d’utiliser le regroupement seulement avec les groupes d’échantillons où on s’attend à un faible taux de positivité. Au Québec, les échantillons sont classés en 20 groupes, de M1 à M20, selon la probabilité qu’il y ait des cas positifs.

Les patients d’hôpital ayant des symptômes de la COVID-19 sont ainsi dans la catégorie M1, alors que les soignants ayant des symptômes sont dans la catégorie M3. Le personnel d’une unité de soins où sévit une éclosion de COVID-19 sont dans la catégorie M5, et les personnes ayant côtoyé une personne ayant récemment eu un test positif de COVID-19 sont dans les catégories M14 et M15, selon qu’il s’agisse d’un milieu de travail ou d’une école.

Ces catégories ne sont pas toujours utilisées. « Dans notre laboratoire au Nunavik, on fait du regroupement pour 100 % des échantillons, à cause du manque de personnel », explique Cédric Yansouni, spécialiste des diagnostics de maladies infectieuses au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « On fait un regroupement de quatre échantillons pour toutes les catégories parce que sinon, ça serait trop compliqué pour le personnel sur place. »

L’utilisation du regroupement d’échantillons varie d’une région à l’autre. Par exemple, à Laval, cette stratégie est utilisée pour un peu moins du tiers des 1500 à 1700 échantillons analysés chaque jour, selon le DMarco Bergevin, du laboratoire de la Cité de la Santé. Sans regroupement (généralement de trois échantillons), la capacité du laboratoire tomberait à 1200-1300 à Laval.

Médecine vétérinaire

Au CUSM, le regroupement est peu utilisé parce qu’il y a cinq ou six modèles de machines d’analyse, selon le DYansouni. « Le laboratoire du CUSM a incorporé le pooling dans sa production, dans la mesure où la main-d’œuvre le permet chaque jour, et d’autres variables. On y songe également pour faire les tests dans les écoles. »

Le regroupement d’échantillons n’est pas un concept nouveau, mais il était peu utilisé en médecine humaine. Il est au premier plan chez les vétérinaires qui, souvent, testent un troupeau au complet s’ils veulent détecter une maladie rare.

Le regroupement d’échantillons au-delà d’un certain seuil peut être intéressant même s’il augmente le taux de faux négatifs, selon une étude publiée fin septembre dans le New England Journal of Medicine, qui démontrait qu’un léger déficit de performance pouvait être plus que compensé par des tests plus fréquents.