Elles viennent de l’espace, tombent au sol… et sont généralement perdues à jamais. Les astronomes estiment qu’une dizaine de météorites frappent le Québec chaque année. Et ils aimeraient bien les voir tomber, les récolter et les étudier.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉ DESCHAMPS

Une caméra du projet DOMe installée à l’Observatoire du Mont-Mégantic

Des traces extraterrestres perdues

Une météorite est une roche venue de l’espace qui ne se désintègre pas complètement en entrant dans l’atmosphère et tombe au sol. Certaines changent le cours de l’histoire, comme celle qui aurait causé la disparition des dinosaures, il y a 65 millions d’années. Mais la plupart tombent discrètement dans les océans, les forêts ou les champs sans que quiconque les voie. Seules cinq météorites ont été retrouvées au Québec. Du lot, une seule a été aperçue durant sa chute : c’était en 1994, et le caillou cosmique a été retrouvé à Saint-Robert, près de Sorel. « Depuis ce temps, même si des gens témoignent avoir vu passer des choses dans le ciel, on n’a pas retrouvé de météorite au Québec. Mais on se doute bien qu’il y en a », dit André Grandchamps, astronome et conservateur de la collection de météorites du Planétarium Rio Tinto Alcan.

Nom de code : DOMe

Comment repérer ces cailloux venus d’un autre monde qui nous tombent dessus ? Compter sur la vigilance des citoyens est une stratégie discutable, alors que nous vivons de plus en plus en ville et tendons à plonger le nez dans nos écrans, le soir venu. « C’est malheureux, mais on regarde de moins en moins le ciel », remarque André Grandchamps. D’où l’idée de déployer des caméras pour surveiller la chute de ces roches qui s’enflamment au contact de l’atmosphère. L’idée vient de France, où 100 stations d’observation ont été installées partout sur le territoire dans le cadre d’un projet baptisé FRIPON (Fireball Recovery and InterPlanetary Observation Network). Dans une conférence virtuelle organisée vendredi, le Planétarium annoncera une version québécoise du projet. Nom de code : DOMe, pour Détection et observation de météores.

PHOTO FOURNIE PAR MATHIEU FORCIER

Une caméra du projet DOMe installée sur le toit du Planétarium Rio Tinto Alcan

La conférence sera diffusée à 18 h vendredi sur la page web d’Espace pour la vie : https://business.facebook.com/Espacepourlavie/

Surveillance constante

DOMe se concentrera d’abord sur la vallée du Saint-Laurent, où le groupe compte déployer 10 caméras qui scruteront le ciel en continu. Comme dans bien des domaines, la COVID-19 a ralenti le projet, si bien que seules trois caméras ont été installées pour l’instant : une sur le toit du Planétarium Rio Tinto Alcan, une à l’Observatoire du Mont-Mégantic et une sur le toit de l’usine d’épuration de Montebello, en Outaouais. Chaque caméra peut couvrir un rayon d’environ 100 kilomètres. Elles scrutent le ciel 24 heures sur 24, les météorites les plus lumineuses pouvant être vues aussi de jour. Les données sont envoyées à Marseille, où des logiciels tentent de repérer les « bolides » — nom qu’on donne aux météorites très brillantes qui ont des chances d’atteindre le sol sans s’être complètement désintégrées.

Cueillette au sol

Si de nombreuses caméras observent le même bolide traversant le ciel, les astronomes peuvent alors crier : « Bingo ».

« À ce moment, on peut déterminer la trajectoire dans le ciel. Ça peut nous permettre d’abord de découvrir d’où il vient dans le système solaire, ce qui est intéressant sur le plan astronomique, mais ça nous aide surtout à définir une zone de chute », dit André Grandchamps. Parce que l’objectif ultime est d’aller cueillir les météorites au sol une fois qu’elles ont été repérées dans le ciel. C’est loin d’être évident : lorsque la météorite atteint 20 kilomètres d’altitude, la friction de l’air devient moindre et la boule de feu s’éteint, la météorite entrant dans une phase appelée « vol sombre ». Le 5 janvier dernier, une équipe italienne est néanmoins parvenue à retrouver deux fragments d’une météorite qui avait enflammé le ciel le jour de l’An et qui avait été captée par des caméras.

L’origine des planètes

Pourquoi se donner tant de mal pour repérer des météorites ? « Le fait de trouver des météorites, oui, c’est le fun et ça frappe l’imaginaire. Je rêve d’en trouver une moi-même ! Mais c’est surtout pour la science qu’on fait ça », répond André Grandchamps. L’astronome explique que ces objets extraterrestres sont des vestiges de l’époque où les planètes se formaient dans le système solaire. « Étudier les météorites nous aide à comprendre comment les planètes sont nées, comment notre Terre s’est formée. Ça peut aider à répondre à des questions comme l’apparition de l’eau ou de la vie sur Terre », dit-il.

Une météorite présidentielle ?

Si les médias américains ont fait grand bruit d’une météorite qui pourrait tomber sur Terre le 2 novembre prochain, veille de l’élection présidentielle américaine, André Grandchamps, lui, n’en fait pas grand cas. Les calculs de la NASA montrent que l’astéroïde n’a que 0,41 % de probabilité de toucher la Terre. Et même si cela se produit, le caillou de deux mètres de diamètre aura beaucoup rétréci après s’être enflammé et désagrégé au contact de l’atmosphère. Bref, pariez qu’on parlera beaucoup plus de Donald Trump ou de Joe Biden que de l’astéroïde 2018 VP1 le 3 novembre.