Pendant des semaines, il n’a été question que de COVID-19. Mais de quoi aurions-nous parlé s’il n’y avait pas eu de pandémie ? se sont demandé nos journalistes. Coup d’œil sur ces nouvelles d’actualité victimes de l’éclipse médiatique.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

À la fin de juin, l’Agence spatiale canadienne (ASC) a annoncé que l’entreprise MDA, qui a conçu les deux premiers « bras canadiens », sera aussi chargée de celui qui sera installé à la station orbitale lunaire Gateway. MDA planchait sur cette nouvelle version du célèbre bras robotisé depuis 2012.

« Nous nous attendions à ce que ça soit davantage souligné dans les médias, mais avec la pandémie, des nouvelles comme celle-ci passent parfois inaperçues », indique Mike Greenley, PDG de l’entreprise torontoise, qui a une usine à Sainte-Anne-de-Bellevue.

Le Canadarm3 (les deux premiers ont été conçus pour la navette spatiale et la Station spatiale internationale) entrera en fonction en 2026 et sera beaucoup plus autonome, puisque Gateway ne sera habitée qu’un mois par année. Le budget est de 2,05 milliards. En comparaison, le premier bras canadien a coûté 100 millions en développement entre 1974 et 1981.

IMAGE FOURNIE PAR L’AGENCE SPATIALE CANADIENNE

Impression d’artiste de la station lunaire Gateway

« Le bras canadien a permis au Canada et à MDA de devenir un leader mondial dans la robotique spatiale, dit M. Greenley. Nous allons mettre beaucoup l’accent cette fois-ci sur l’intelligence artificielle, puisque le Canadarm3 devra faire beaucoup de tâches de manière autonome. Il sera situé à 384 000 km de la Terre, contre 400 km pour la Station spatiale, et les fenêtres de communication seront parfois séparées par une semaine. » L’intelligence artificielle a été utilisée pour des satellites d’observation de la Terre de MDA, et d’une certaine manière pour diminuer le nombre de manipulations nécessaires pour faire fonctionner le module Dextre du bras canadien de la Station spatiale.

Selon Sylvain Desjardins, gestionnaire de projet à l’ASC, le Canadarm3 aura beaucoup plus de capteurs que ses prédécesseurs, pour faciliter son autonomie. Il sera composé d’une section de 8,5 mètres et d’une autre de 1,9 mètre.

IMAGE FOURNIE PAR L’AGENCE SPATIALE CANADIENNE

Impression d’artiste de la station lunaire Gateway

L’un des points importants de la réflexion sur le bras de Gateway, depuis 2012, est la manière dont il entrera dans la station lunaire. Il a été envisagé d’avoir deux petits bras, l’un à l’extérieur et l’autre à l’intérieur, puis d’utiliser le sas permettant aux astronautes de faire des sorties spatiales comme porte de communication. Finalement, le Canadarm3 aura probablement son sas à lui. MDA obtient du financement de l’ASC pour des études de concepts du Canadarm3 depuis 2014.

Pas en avant

L’ASC fera un grand pas en avant avec le Canadarm3 : contrairement à ses deux prédécesseurs, il sera contrôlé depuis ses locaux situés à Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal.

Canadarm2 est contrôlé depuis Houston, même si nous avons un centre d’opérations à Saint-Hubert. L’ASC va s’occuper de l’opération complète de Canadarm3.

Sylvain Desjardins, gestionnaire de projet à l’Agence spatiale canadienne

La station lunaire Gateway, formellement annoncée en 2017, comptera trois ou quatre modules et servira de projet-pilote pour l’assemblage de vaisseaux spatiaux au long cours, pour aller par exemple vers Mars. Le type de vaisseau est très différent des fusées qui servent à échapper à la gravité terrestre, tant sur le plan de la structure que de la propulsion. La NASA veut aussi étudier les effets à long terme des radiations solaires. Sur la station spatiale en orbite autour de la Terre, les astronautes et les cobayes sont en partie protégés des radiations par le champ magnétique terrestre. Gateway pourra aussi permettre de tester la capture de petits astéroïdes, dans un but à long terme d’exploitation minière, et servira de chef d’orchestre pour les minisondes de type CubeSat qui devraient jouer un grand rôle dans l’exploration de la Lune.

Ce qui s’est passé… le 26 juin

Le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Navdeep Bains, annonce que l’entreprise MDA construira le bras canadien de la station lunaire Gateway. Mais ce jour-là, son annonce est totalement éclipsée par une réouverture que plusieurs attendaient, celle des bars de la province…

Une version antérieure de ce texte indiquait que la Lune était située à 4000km de la Terre. Il s'agit plutôt de 384 000km. Nos excuses.