En croisant des techniques d’ingénierie, de l’expertise de pointe en médecine et des algorithmes d’intelligence artificielle, des chercheurs québécois ont inventé une nouvelle façon de détecter une forme particulièrement grave du cancer de la prostate. « C’est du multidisciplinaire à son meilleur », commente la Dre Dominique Trudel, pathologiste au CHUM et l’une des auteures de la découverte qui vient d’être publiée dans la revue PLOS Medicine.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

L’équipe s’est attaquée au carcinome intracanalaire de la prostate, une forme particulièrement agressive qui compte pour environ 20 % des cas de cancer de la prostate. Le hic est qu’on ne connaît encore aucun marqueur de ce type de cancer, si bien que les médecins doivent examiner au microscope des échantillons prélevés par biopsie ou chirurgie pour tenter de deviner s’ils ont affaire à un carcinome intracanalaire. Or, l’exercice est complexe et ils se trompent souvent.

La nouvelle méthode proposée est basée sur la microspectroscopie Raman, une spécialité du professeur Frédéric Leblond, de Polytechnique Montréal. L’idée : envoyer un rayon laser sur l’échantillon prélevé par biopsie afin de faire vibrer ses molécules et voir de quoi il est fait, un peu comme on brasse un cadeau emballé afin d’en deviner le contenu.

« La lumière est reflétée de façon très spécifique et ça nous donne de l’information au niveau de l’ADN, de l’ARN, des protéines et des lipides », précise Andrée-Anne Grosset, chercheuse postdoctorale au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM).

Le professeur Leblond avait utilisé une technique similaire pour concevoir une sonde de la taille d’un crayon capable de repérer les cellules cancéreuses en temps réel pendant les interventions chirurgicales. Cette fois, c’est un microscope muni d’un laser qui est utilisé.

La quantité de données récoltées par la microspectroscopie Raman est telle qu’il faut des algorithmes d’intelligence artificielle pour les analyser. Les chercheurs ont entraîné les algorithmes sur des cas déjà connus, puis les ont testés sur de « vrais » échantillons. Résultat : la technique permet de bien détecter si un cancer est présent dans environ 85 % des cas. Parmi les cas de cancer, elle arrive à bien diagnostiquer le carcinome intracanalaire près de neuf fois sur dix. En tout, les échantillons de 483 patients ont été analysés. Ceux-ci provenaient du CHUM, du Centre hospitalier universitaire de Québec et de l’University Health Network de Toronto.

La suite : tester la technique sur davantage de patients et avec différents microscopes pour s’assurer qu’elle donne systématiquement de bons résultats. Et espérer qu’elle devienne un jour un outil diagnostique standard pour le carcinome intracanalaire de la prostate. Chaque année, 4200 Canadiens meurent d’un cancer de la prostate. Selon Statistique Canada, il s’agit de la quatrième cause de mortalité par cancer au pays après le cancer du poumon, le cancer colorectal et le cancer du sein.