Naines blanches, courants solaires, exoplanètes cachées, agonie ultraviolette : d’un bout à l’autre du cosmos, les astronomes annoncent chaque semaine plusieurs découvertes, toutes plus incroyables et vertigineuses les unes que les autres. Voici un florilège de quelques-unes des annonces récentes des chasseurs d’étoiles.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

L’héritage des naines blanches

PHOTO GUILLAUME SEIGNEURET, FOURNIE PAR LA NASA

L’amas d’étoiles ouvert NGC 7789, aussi connu sous le nom de Rose de Caroline, à 8000 années-lumière dans la constellation de Cassiopée, dans la Voie lactée

Un vif débat vient d’être tranché : les particules qui flottent dans le vent solaire, transportant du carbone pour former des galaxies et de nouvelles étoiles, proviennent des cendres de naines blanches plutôt que de supernovas plus massives. Cette conclusion de chercheurs américains et européens, publiée en juin dans la revue Nature Astronomy, est basée sur l’observation de naines blanches d’« amas d’étoiles ouverts » de la Voie lactée, depuis l’observatoire Keck à Mauna Kea, à Hawaii. Un amas d’étoiles ouvert est un groupe d’étoiles, parfois des milliers, liées par la gravitation. À partir de la masse actuelle de ces naines blanches, les chercheurs ont calculé leur masse à leur naissance et déduit qu’à la toute fin de leur existence, les naines blanches produisent plus de carbone que prévu.

Courants solaires cachés

PHOTO FOURNIE PAR Z.-C. LIANG

À 200 000 kilomètres sous la surface du Soleil, des courants de plasma circulent vers l’Équateur et les pôles, générant le cycle solaire de 22 ans.

Des chercheurs allemands et américains ont dressé une carte des courants de plasma qui se trouvent à 200 000 kilomètres sous la surface du Soleil, qui génèrent des cycles solaires d’une durée de 22 ans. Le plasma met donc 22 ans à faire tout le circuit. Ces courants circulent à 50 km/h, beaucoup plus lentement que d’autres composantes du Soleil, ce qui nécessite beaucoup d’observations pour réduire le bruit de fond. Cette découverte de l’« héliosismologie » a été dévoilée en juin dans la revue Science.

Première photo d’exoplanètes

PHOTO FOURNIE PAR BOHN ET AL.

L’étoile TYC 8998-760-1 et les deux exoplanètes géantes TYC 8998-760-1b et TYC 8998-760-1c, au centre et en bas à droite. Les autres points sont d’autres étoiles situées plus loin. Les anneaux autour de l’étoile sont des illusions d’optique.

Un télescope européen a réussi pour la première fois à croquer deux exoplanètes en orbite autour d’une étoile similaire à la nôtre, TYC 8998-760-1, qui est située à 300 années-lumière de la Terre. Une photo d’exoplanète avait été prise en 2004 par le même télescope, le VLT (Very Large Telescope) de l’Observatoire européen austral (ESO) au Chili, mais jusqu’à tout récemment, il avait été impossible de photographier deux exoplanètes en même temps. L’an dernier, le VTL avait réussi à croquer deux exoplanètes en orbite autour d’une naine brune. L’observation directe d’exoplanètes autour d’une étoile similaire au Soleil est importante parce qu’elles pourraient abriter la vie.

Une agonie ultraviolette

PHOTO FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ NORTHWESTER

Le point bleu au centre indique SN2019yvq.

Quand elles explosent sous forme de supernovas, les naines blanches libèrent un éclair ultraviolet. Cette découverte d’astrophysiciens californiens de la NASA, dévoilée à la mi-juillet dans l’Astrophysical Journal, pourrait aider à comprendre la mécanique du passage des naines blanches au stade de supernovas. Les naines blanches sont plus froides que la matière nécessaire à l’émission de tels éclairs ultraviolets. La supernova SN2019yvq a été détectée en décembre dernier et s’est produite à 140 millions d’années-lumière de la Terre, dans la constellation du Dragon. Les chercheurs de la NASA pensent que cet éclair ultraviolet, qui n’avait été observé qu’une seule fois en lien avec une supernova de type 1A, correspondant à l’explosion d’une naine blanche, pourrait être lié à la création de la matière noire et du fer. Ils veulent maintenant explorer quatre hypothèses expliquant la création d’un éclair ultraviolet par une naine blanche froide, notamment la collision de deux naines blanches. Ils pensent avoir la réponse d’ici un an.

Une exoplanète cachée…

PHOTO FOURNIE PAR ESPACE POUR LA VIE

Jonathan Gagné à l’observatoire de Mauna Kea, à Hawaii

Un astronome du planétarium de Montréal vient de découvrir une exoplanète de la taille de Neptune, qui était cachée dans un amas de poussières autour de l’étoile AU Microscopii, située à 32 années-lumière de la Terre. Cela faisait 10 ans que des astronomes cherchaient une exoplanète dans ce système solaire, très propice à l’étude de la formation des planètes. C’est parce qu’AU Microscopii est née il y a seulement 20 à 30 millions d’années, ce qui la rend 180 fois plus jeune que notre Soleil. Dans Nature en juin, Jonathan Gagné, d’Espace pour la vie, et ses collègues américains ont décrit cette exoplanète, croquée grâce aux télescopes spatiaux TESS et Spitzer. AU Microscopii fait la moitié de la masse du Soleil, ce qui la rend particulièrement magnétique et complique l’observation des exoplanètes.

… ou plusieurs

PHOTO FOURNIE PAR ESO/R. WESSON

Le télescope Étude de transit de nouvelle génération (NGTS) est situé au Chili.

Des chercheurs britanniques ont mis au point une technique qui permettra de détecter des centaines d’exoplanètes habitables, mais situées trop loin de leur étoile pour être observées par la méthode du transit. À la mi-juillet dans les Astrophysical Journal Letters, les astronomes de l’Université de Warwick ont décrit l’exoplanète NGTS-11b, une « géante gazeuse » située à 620 années-lumière de la Terre. Elle avait été observée pour la première fois en 2018, mais comme il faut jusqu’à 79 jours d’observation pour la voir passer devant son étoile, il n’avait pas été possible de la voir une deuxième fois, condition nécessaire pour que l’existence d’une exoplanète soit avérée. Les chercheurs de Warwick ont adapté le télescope NGTS, au Chili, pour confirmer par la méthode du transit des étoiles croquées une première fois par des télescopes spatiaux, plus aptes à une première détection.