Les affaires ne vont pas mieux pour Boeing dans l’espace que dans le ciel. La capsule Starliner de l’entreprise américaine a échoué à son premier test spatial vendredi matin, ayant manqué de carburant pour atteindre la Station spatiale internationale. Une tuile de plus alors que Boeing vient d’annoncer l’arrêt de la production du 737 MAX, cloué au sol depuis neuf fois à la suite de deux écrasements mortels.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

La mauvaise heure

Le lancement s’est bien passé, mais en orbite, Starliner a utilisé trop de carburant à cause d’un chronomètre mal réglé. Comble de malchance, quand l’équipe au sol s’en est rendu compte, la capsule se trouvait entre deux satellites et ne recevait pas les commandes (le test était fait sans astronautes). Starliner n’avait donc pas assez de carburant pour atteindre la station spatiale et rentrera sur Terre dimanche sans avoir atteint son objectif.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Chris Hadfield 

Une erreur de chronomètre signifie-t-elle que les ingénieurs de Boeing manquent de sérieux ? « Votre question trahit votre ignorance », a répondu, en entrevue avec La Presse, l’ex-astronaute canadien Chris Hadfield. « C’est une combinaison de problèmes, une malchance qui a empêché Starliner d’arriver à la station spatiale. C’est pour cela qu’on fait des tests. J’ai été pilote d’essai pour l’armée de l’air canadienne, l’armée de l’air américaine, la marine américaine. Il y a toujours des problèmes. L’équipe de Boeing a très bien réagi. Ce n’est pas le résultat espéré, mais on apprend beaucoup de ce genre de problèmes. »

La NASA optimiste

« Beaucoup de choses se sont bien déroulées aujourd’hui », a tenu à dire le chef de la NASA, Jim Bridenstine, lors d’une conférence de presse télévisée. M. Bridenstine a dit qu’il était « trop tôt » pour exclure qu’un premier vol habité ait lieu l’été prochain comme prévu. Une astronaute qui doit piloter Starliner pour son premier vol habité, Nicole Mann, a déclaré n’avoir « aucune inquiétude quant à la sécurité » de la capsule. Chris Hadfield rappelle que le premier vol de la navette spatiale, en 1981, était habité. « Les phases de vol les plus risquées sont le décollage et l’atterrissage, dit M. Hadfield. Les manœuvres en orbite ne sont pas dangereuses pour la vie des astronautes. Si l’atterrissage se passe bien dimanche, les étapes les plus dangereuses du test inhabité auront été réussies. »

La capsule concurrente

Dérivée de la capsule-cargo Dragon, qui a effectué avec succès 17 vols depuis 2012, Crew Dragon de SpaceX a pris de l’avance avec un vol inhabité en mars, mais depuis, le premier vol habité est sans cesse reporté. M. Hadfield note que le dernier test avant un vol habité de Crew Dragon, qui portera sur le système d’annulation de dernière minute du lancement (emergency launch abort), est prévu le 11 janvier. « S’il réussit, un vol habité serait possible en février ou en mars. Mais on ne peut exclure que Starliner effectue le premier vol habité. » L’arrivée d’une capsule privée américaine permettra aux États-Unis de ne plus dépendre des capsules russes Soyouz pour atteindre la Station spatiale internationale, ce qui est le cas depuis la mise à la retraite de la navette spatiale, en 2011.