Croquer un petit morceau d’astéroïde et le ramener sur Terre : c’est l’objectif de la mission OSIRIX-REx. Jeudi, la NASA a révélé le site exact où serait prélevé le précieux échantillon. Le choix s’est avéré difficile en raison d’une surface beaucoup plus accidentée que prévu. Et la technologie canadienne a joué un rôle crucial dans l’opération.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« Des rochers gros comme des stades »

Il s’appelle Bennu (on trouve aussi la graphie Bénou), il est de la taille de l’Empire State Building et il vole autour du Soleil à une vitesse plus grande que celle d’une balle de fusil. Partie de la Terre en septembre 2016, la sonde OSIRIX-REx de la NASA lui tourne maintenant autour depuis un an. Prochaine étape : tenter un rapprochement. Les scientifiques veulent en effet aller prélever un échantillon de l’astéroïde et le ramener sur Terre. Le hic, c’est que le caillou est beaucoup plus difficile d’approche que prévu.

« Le fait que Bennu soit couvert de grosses roches et présente un terrain aussi accidenté est une immense surprise. Cela nous a obligés à complètement revoir le processus et les données utilisées pour la sélection du site d’atterrissage », a expliqué jeudi Mike Moreau, directeur des systèmes de dynamique de vol à la NASA, lors d’une conférence de presse.

Alors que la NASA s’attendait à une surface « lisse et facile », M. Moreau a évoqué hier des rochers « gros comme des stades » qui compliquent les manœuvres.

Dessine-moi un astéroïde

Si l’on sait que la surface de Bennu est si irrégulière, c’est grâce à la technologie canadienne. Un instrument de l’Agence spatiale canadienne embarqué sur OSIRIX-REx appelé altimètre laser, ou OLA pour les intimes, a en effet fourni des cartes 3D extrêmement précises de l’astéroïde. L’appareil a bombardé le caillou céleste d’impulsions laser dont il a capté les réflexions pour reconstruire sa topographie. « Bennu est aujourd’hui l’objet le mieux cartographié de tout le Système solaire », dit Martin Bergeron, gestionnaire, missions d’exploration planétaire et d’astronomie, à l’Agence spatiale canadienne.

M. Bergeron explique que l’instrument canadien s’est avéré encore plus crucial que prévu. « Au départ, on pensait qu’il suffirait d’utiliser les caméras visibles pour cartographier la surface. On croyait que l’instrument canadien ajouterait des informations intéressantes, mais ne serait pas nécessairement critique. Or, étant donné la complexité de la surface, OLA s’est avéré tout à fait essentiel », explique M. Bergeron.

Le cratère du rossignol

PHOTO NASA/UNIVERSITÉ GODDARD/UNIVERSITÉ DE L’ARIZONA

Le site d’atterrissage Nightingale (rossignol) où se posera la sonde OSIRIS-REx

En étudiant ces cartes 3D, les scientifiques avaient identifié quatre sites possibles pour faire atterrir OSIRIX-REx. Chacun portait un nom d’oiseau : Osprey (balbuzard), Kingfisher (martin-pêcheur), Nightingale (rossignol) et Sandpiper (bécasseau). Le choix définitif, annoncé jeudi, s’est finalement porté sur le cratère rossignol, malgré la présence de gros rochers qui semblent avoir roulé au fond. « Nous reconnaissons qu’il y a des dangers dans cette zone, mais sa valeur scientifique a fait pencher la balance », a expliqué en conférence de presse Dante Lauretta, investigateur principal de la mission OSIRIS-REx. M. Lauretta a dit croire que le site abrite des minéraux hydratés, soit des minéraux qui ont intégré de l’eau dans leur structure cristalline, et même du matériel organique.

Un délicat prélèvement

C’est au cours de l’été prochain que la sonde OSIRIS-REx devrait se poser sur Bennu. À son arrivée, elle projettera un jet d’azote à la surface, qui devrait soulever de la poussière et des petits cailloux qui seront recueillis. La NASA dit espérer récolter au moins 60 g de matériel. OSIRIS-REx reviendra ensuite vers la Terre et larguera la précieuse cargaison au-dessus de l’atmosphère. Si tout se passe comme prévu, le colis atterrira dans le désert de l’Utah en septembre 2023. Les ingénieurs pourront alors se taper dans les mains en criant victoire, tandis que les chercheurs prendront le relais et analyseront le matériel. Le Canada, en raison de sa contribution à la mission, recevra une petite partie de ces poussières extraterrestres – l’Agence canadienne a parlé de « moins de 10 % » de la récolte.

« Une machine à remonter dans le temps »

Pourquoi se donner tout ce mal pour récolter quelques dizaines grammes de poussière d’astéroïde ? D’abord parce que ce matériel est une « machine à remonter dans le temps », explique Martin Bergeron, de l’Agence spatiale canadienne. Bennu date en effet des débuts de la formation du Système solaire et pourra nous renseigner sur les conditions qui régnaient à cette époque. « On pense qu’il y a peut-être des minéraux hydratés et des molécules organiques sur Bennu. En les étudiant, on pourrait mieux comprendre comment ces matériaux ont été apportés sur Terre », a aussi expliqué Lori Glaze, directrice de la division Science planétaire de la Direction des missions scientifiques de la NASA. Les scientifiques comptent aussi en profiter pour évaluer s’il existe des ressources exploitables sur les astéroïdes… et mieux comprendre leur orbite pour éviter qu’ils ne nous tombent un jour sur la tête.