(Montréal) Une exposition élevée à des antibiotiques d’usage courant est associée à un risque plus important de maladie de Parkinson, selon des chercheurs finlandais.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

L’association la plus robuste a été constatée avec les antibiotiques à large spectre et ceux qui combattent les champignons et les bactéries anaérobies.

L’étude réalisée à l’Hôpital universitaire d’Helsinki suggère que l’utilisation excessive de certains antibiotiques peut prédisposer à la maladie de Parkinson 10 ou 15 ans avant son apparition. Cette association pourrait être due aux perturbations du microbiote intestinal.

«C’est une étude intéressante qui s’inscrit bien dans la tendance actuelle dans la recherche sur la maladie de Parkinson, à savoir qu’il y a plusieurs liens différents entre des perturbations gastro-intestinales, des infections notamment, et l’apparition de la maladie», a commenté le professeur Louis-Éric Trudeau, du département de pharmacologie et physiologie de l’Université de Montréal.

L’étude a comparé l’exposition aux antibiotiques entre 1998 et 2014 de près de 14 000 patients atteints de la maladie de Parkinson et celle de quelque 41 000 sujets comparables en santé.

«(Les chercheurs) ont constaté une petite, mais significative, augmentation de l’utilisation de différents types d’antibiotiques par les gens atteints de la maladie de Parkinson dans les dix à quinze ans, principalement, avant l’apparition de la maladie», a expliqué M. Trudeau.

Il prévient toutefois que le mécanisme qui lie les infections à la maladie demeure obscur, même avec une étude comme celle-là. Il précise aussi qu’on ne peut pas conclure que les antibiotiques sont responsables de l’apparition de la maladie, et qu’il est tout aussi possible que l’infection en soit la cause.

«Dans cette étude, on fait référence à la possibilité qu’une pathologie se propage des intestins jusqu’au cerveau, notamment par le nerf vague, a-t-il expliqué. C’est une hypothèse intéressante qui suggère qu’il y a des agrégats pathologiques de protéines qui commencent à se faire dans les intestins, puis ça se propage jusqu’au système nerveux, puis ensuite ça se propage à différents endroits dans le système nerveux, mais c’est seulement une hypothèse parmi d’autres.»

Cela étant dit, poursuit M. Trudeau, les indices commencent à s’accumuler.

«Quand on voit ce genre de lien entre antibiotiques et maladie, qui est confirmé, qui se rajoute à d’autres études qui ont démontré des liens entre notamment des maladies inflammatoires intestinales et la prévalence de la maladie de Parkinson, ça commence à faire beaucoup de pistes qui pointent dans cette direction-là», a-t-il dit.

L’étude a été publiée en ligne par le journal médical Movement Disorders.