Il sera bientôt possible de guérir des cœurs endommagés par une crise cardiaque grâce à un gel injectable conçu à l’Institut de cardiologie d’Ottawa. Le gel est rempli de protéines humaines synthétiques.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

D’ici quatre ou cinq ans

« On vise les patients qui arrivent trop tard après une crise cardiaque pour qu’on puisse avoir un effet intéressant avec la dilatation des vaisseaux sanguins avec un ballon », explique Marc Ruel, chirurgien cardiaque à l’Institut de cardiologie d’Ottawa, qui est l’auteur principal de l’étude publiée ce matin dans la revue Nature Communications. « Entre 20 et 50 % des patients arrivent tard après l’infarctus ou ne s’en rendent pas compte. Pour utiliser la dilatation avec un ballon, il y a une fenêtre de 24 heures environ. » Le gel injectable aide la réparation du cœur et a été testé chez des souris sept jours après une crise cardiaque. Selon le Dr Ruel, des tests doivent maintenant être faits chez le porc. Il s’attend à ce que le gel soit utilisé dans les hôpitaux d’ici quatre ou cinq ans. Cela fait 15 ans que l’équipe d’Ottawa planche sur ce gel.

La matrice du cœur

Le gel décuple la capacité du cœur à se régénérer. « Si on ne fait rien, après un infarctus, le cœur peut régénérer de 1 à 2 % des cellules endommagées, dit le Dr Ruel. On a augmenté plusieurs fois cette capacité. Mais il y a aussi des dommages à la matrice structurelle du cœur. On voit que le gel protège aussi la matrice, ce qui aide les cellules du cœur à survivre. Le gel a aussi augmenté le potentiel de cellules du corps humain appelées macrophages M2, qui aident à régénérer le cœur. C’est la cellule la plus régénératrice du corps humain. C’est un macrophage qu’on retrouve chez la salamandre de mer, un animal qui a une capacité extraordinaire de régénération. »

Porc et cellules souches

Un tel gel est l’un des saints graals de la chirurgie cardiaque. Mais les seules équipes qui avaient eu de bons résultats avec des gels régénérateurs utilisaient des cellules de porc, ce qui pose problème à cause du risque de transmission de virus. « Nous sommes les seuls à avoir eu de tels résultats chez l’animal avec un biopolymère qui peut être utilisé cliniquement sans problème, dit le Dr Ruel. Nous ne nous attendons pas à des problèmes d’approbation des essais cliniques avec Santé Canada. » Certains succès ont eu lieu pour la régénération des petites artères qui nourrissent le myocarde, mais on n’a pas réussi à régénérer le muscle et la matrice du cœur, selon le Dr Ruel. Des cellules souches embryonnaires montrent certaines promesses, mais il est difficile de les contrôler, selon le chirurgien cardiaque d’Ottawa. « Et les cellules souches adultes disparaissent après quelques semaines. »