Les femmes boulimiques ont de 14 à 22 fois plus de risques d’avoir une crise cardiaque, selon une nouvelle étude québécoise. Il s’agit du risque lié à une boulimie sévère nécessitant une hospitalisation. Divers mécanismes pourraient expliquer ce lien.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Cœur et santé mentale

Plusieurs troubles de santé mentale sont liés, de manière causale ou simplement par association, à des problèmes cardiovasculaires, selon Nathalie Auger, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique, qui est l’auteure principale de l’étude publiée hier dans la revue JAMA Psychiatry. « Nous avons étudié des femmes ayant une boulimie très grave, qui a nécessité une hospitalisation », explique la Dre Auger. Si on les compare à des femmes n’ayant pas de boulimie, le risque d’avoir une crise cardiaque dans une période de suivi de deux ans est 22 fois plus grand chez les femmes ayant été hospitalisées pour une boulimie. Ce risque est 14 fois plus grand sur une période de suivi de cinq ans.

Causes et causalité

L’étude n’établit pas formellement de lien de cause à effet entre boulimie et maladies cardiovasculaires. Pour cela, il faudra faire une étude longitudinale qui suivra des femmes durant une longue période. Mais plusieurs mécanismes pourraient expliquer le lien. « Le mécanisme le plus fort serait une mauvaise nutrition, dit la Dre Auger. Mais il peut aussi y avoir des problèmes d’électrolytes chez les femmes boulimiques, et une perte rapide de poids, deux phénomènes qui ont des effets négatifs sur le cœur. On sait aussi que la dépression est liée à des problèmes cardiovasculaires, et la dépression est souvent associée à la boulimie. »

Une cohorte québécoise

Les chercheurs ont eu l’idée de l’étude en suivant une cohorte de 419 000 femmes hospitalisées durant une grossesse (certaines ont mené la grossesse à terme, d’autres ont eu une fausse couche ou un avortement). Au départ, la cohorte devait servir à étudier les problèmes de santé mentale liés à la grossesse, mais il a été possible de comparer 818 femmes hospitalisées pour une boulimie grave à ces 419 000 femmes enceintes. « Les femmes enceintes sont relativement représentatives de la population, explique la Dre Auger. On a réfléchi à d’autres problèmes relativement communs chez les femmes en âge de procréer. Il est difficile de trouver de bonnes cohortes de comparaison pour des problèmes comme la boulimie. » En moyenne, les femmes étaient suivies de sept à huit ans. Les chercheurs veulent maintenant se pencher sur les dimensions cardiovasculaires d’autres problèmes de santé mentale, comme l’anorexie.

Proportion de l’augmentation des risques

10 fois : augmentation du risque de cardiopathie chez les femmes boulimiques ayant été hospitalisées

25 fois : augmentation du risque de cardiopathie chez les femmes boulimiques ayant été hospitalisées à au moins trois reprises

1,5 % des femmes auront un diagnostic de boulimie durant leur vie

Source : JAMA Psychiatry