Une chercheuse de l’Université Concordia vient de recevoir 2 millions du gouvernement américain pour étudier avec un collègue de la prestigieuse Université Princeton le bilinguisme chez les enfants ayant des parents parlant deux langues maternelles différentes à Montréal et au New Jersey. Leur question : les circonstances socioéconomiques et la promotion du bilinguisme influent-elles sur la transmission de l’une ou l’autre langue parentale ?

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Français et espagnol

Le Canada a deux langues officielles. Pas les États-Unis. Et les familles comptant un parent anglophone et un autre francophone à Montréal n’ont pas du tout le même profil socioéconomique que celles qui ont un parent anglophone et un autre hispanophone au New Jersey — ces dernières étant davantage marquées par l’immigration. « On veut vérifier si ces caractéristiques des parents et de la société ont un impact sur la transmission des deux langues dans les familles bilingues », explique Krista Byers-Heinlein, de l’Université Concordia, qui a obtenu des Instituts nationaux de la santé (NIH) des États-Unis un financement de 2 millions sur cinq ans avec un collègue de Princeton. Les chercheurs suivront deux groupes de 50 enfants de l’âge de 1 an jusqu’à 3 ans. Les enfants porteront notamment pendant quelques jours une enregistreuse. Ils seront évalués sur leur connaissance du langage par un oculomètre qui suit leurs yeux alors qu’ils voient des images décrites dans différentes langues.

La genèse

Mme Byers-Heinlein a rencontré son homologue Casey Lew-Williams, de Princeton, à une conférence de psychologie. « On s’est rendu compte qu’on avait le même projet de recherche, dit Mme Byers-Heinlein. On étudiait les enfants de 18 mois de foyers bilingues avec des enregistreuses et des oculomètres. Et on voulait voir s’ils comprenaient moins rapidement une phrase bilingue, comme “où est le dog” ou “where is the chien” plutôt qu’une phrase uniquement dans une langue. C’était bien le cas, à la fois dans mon étude publiée en 2017 dans la revue PNAS et dans l’étude de Princeton publiée un peu plus tard. On a décidé de voir s’il y avait des différences entre la transmission des langues dans ces foyers bilingues si on comparait le Québec et le New Jersey. »

Les mythes

Les deux spécialistes de psychologie pourront aussi valider une croyance répandue, mais jamais appuyée par des recherches. « Plusieurs personnes disent que dans un foyer bilingue, chaque parent doit parler à ses enfants dans sa langue maternelle pour ne pas mal enseigner l’autre langue, dit Mme Byers-Heinlein. Mais ça n’a jamais été démontré. On pourra aussi voir si les enfants s’attendent à ce qu’un parent parle seulement dans sa langue maternelle. Et si les conversations des parents entre eux, dans l’une ou l’autre langue, ont un impact. On postule que les enfants sont plus influencés par les conversations que leurs parents ont directement avec eux, mais on voudrait valider ça. » Qu’en est-il de l’évolution subséquente du bilinguisme des enfants ? « Les enfants vont continuer à parler une langue s’ils ont des amis qui parlent la même langue », précise Mme Byers-Heinlein.

Chiffres

18 % des Canadiens parlent l’anglais et le français
44 % des Québécois parlent l’anglais et le français
SOURCE : Statistique Canada