Alors que des milliers de coureurs ont rendez-vous aujourd’hui dans les rues de Montréal, des chercheurs s’activent pour tenter de mettre fin à l’un des principaux effets secondaires de l’activité physique intense : la mauvaise odeur de la sueur. Des ingénieurs portugais sont à développer des chandails qui dégagent des fragrances afin de masquer celles qui sont émises par le corps.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Des protéines masquantes

Les tissus antisueur actuels sont généralement conçus pour ne pas retenir les molécules responsables des mauvaises odeurs. Mais voilà, leur efficacité est limitée. Une équipe du Centre d’ingénierie biologique de l’Université de Minho, au Portugal, a décidé de changer d’approche en concevant des tissus fonctionnels qui libèrent des fragrances qui masquent l’odeur de sueur. Il s’agit de « protéines multifonctionnelles » qui se lient à des molécules fonctionnelles du tissu, apprend-on dans la revue Applied Materials and Interfaces, de l’American Chemical Society. « Nous avons des protéines de fragrances, généralement de la citronnelle, des protéines qui se lient aux fragrances, des protéines qui se lient à la cellulose du tissu et d’autres protéines qui servent d’ancrage à tout le système », explique l’auteur principal de l’étude, Artur Cavaco-Paulo, de l’Université de Minho.

Commercialisation imminente

M. Cavaco-Paulo estime qu’il lui faudra encore 12 à 18 mois avant de parvenir à commercialiser son textile antisueur. « En théorie, les chandails pourraient être conçus selon le niveau de sueur individuel, un peu comme les tailles de chandails. » Les éventuels chandails pour sportifs pourront être lavés une vingtaine de fois avant de perdre leurs propriétés, mais ils pourront être réutilisés plusieurs fois entre chaque lavage. « Les protéines de fragrance seront ajoutées au rinçage à chaque fois et se lieront aux molécules fonctionnelles du tissu. »

Tester les textiles

L’étude portugaise cite une étude québécoise sur les tests de textiles fonctionnels du Centre multiservices pour l’industrie textile du cégep de Saint-Hyacinthe, aussi appelé Groupe CTT. Publiée l’an dernier, elle faisait partie d’un livre de référence du Textile Institute, une association professionnelle britannique. « Comme ce sont des textiles qui ont des fonctions précises, il faut vérifier leur performance », explique Justine Decaens, directrice de l’innovation technologique, textiles intelligents, au Groupe CTT. « On parle de vêtements autonettoyants, antifroissement, antimicrobiens, antisueur, antifongiques. On a justement des entreprises qui s’intéressent aux traitements anti-odeurs. Ça existe depuis une vingtaine d’années pour les textiles sportifs antimicrobiens, depuis une dizaine d’années pour les microcapsules de fragrances. Le cas le plus courant est de mettre des particules d’argent dans le textile, à cause de leurs propriétés antimicrobiennes. Ou alors des microcapsules qui relâchent le produit. On va même vers les cosmétotextiles, des chaussettes qui relâchent de l’aloès vera ou un produit dermatologique. On voit une ligne de commercialisation qui va du secteur médical ou de la protection vers le secteur sportif, puis la mode plus générale. » Habituellement, ce genre de vêtements spécialisés ne peut être lavé que quelques dizaines de fois avant de perdre ses propriétés extraordinaires, selon Mme Decaens, qui est l’une des coauteures de l’étude publiée dans le livre de référence du Textile Institute.

Les textiles fonctionnels au Québec

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Luce Deslauriers et Olivier Vermeersch

Les textiles fonctionnels sont les héritiers du secteur textile traditionnel au Québec, qui a périclité avec divers traités de libre-échange. « Avant, nous avions 55 % du secteur des textiles fonctionnels au Canada, et l’Ontario, 40 % », explique Olivier Vermeersch, vice-président du Groupe CTT et titulaire d’une chaire industrielle CRSNG sur les textiles techniques innovants. « Maintenant, c’est plutôt 55 % en Ontario et 40 % au Québec, à cause de la demande du secteur automobile ontarien. Mais il y a quand même beaucoup d’innovation ici. Nous faisons des milliers de partenariats avec des entreprises du secteur ici. » Le Groupe CTT, qui existe depuis plus de 35 ans, compte 75 professionnels et techniciens.