Ce sont des yeux minuscules qui scintillaient dans le rocher des schistes de Burgess qui ont permis à Jean-Bernard Caron de découvrir le plus vieil ancêtre connu des araignées et scorpions modernes.

Bob Weber
La Presse canadienne

«J’étais assis là le long de la carrière et j’ai tourné la tête à droite et j’ai vu cette lumière rougeoyante provenant de ce rocher, a-t-il déclaré. Deux yeux me fixant presque.»

Les yeux se sont révélés appartenir à un spécimen de Mollisonia plenovenatrix vieux de 500 millions d’années — si bien préservé que M. Caron et son collègue Cedric Aria ont pu pour la première fois placer définitivement la bête disparue à la base d’un arbre qui possède maintenant des milliers de branches.

La bestiole n’avait que la taille d’un pouce et hantait les anciens fonds marins. Néanmoins, les deux paléontologues du Musée royal de l’Ontario affirment qu’il s’agissait d’un prédateur féroce.

De gros yeux repéraient sa proie. De longs membres la propulsaient à travers les sédiments. Sa tête ressemblait à un multi-outil moderne dont les membres pouvaient sentir, saisir, écraser et mâcher.

Mais c’est la petite paire de structures devant sa bouche qui a vraiment excité MM. Caron et Aria.

Ces mêmes pinces sont visibles sur tous les membres de la famille Chelicerata : on parle de 115 000 espèces différentes, et voici leur ancêtre.

«J’étais vraiment excité», a déclaré M. Caron, qui a publié ses découvertes dans la revue Nature.

«Ces fossiles nous parlent de l’origine d’innovations clés dans l’évolution des animaux. Il est important de comprendre comment elles se produisent. Parce que, lorsqu’elles se produisent, il en résulte souvent une explosion de la vie.»

Curieusement, l’espèce se situait clairement sur une certaine trajectoire évolutive, bien adaptée à son environnement et respirant à travers de minces ouïes stratifiées comme des pages de livre.

«Cette découverte nous apprend qu’ils étaient déjà présents à l’époque cambrienne, a dit M. Caron. Ils ont probablement évolué plus tôt que ça.»

Cela signifie qu’il y a probablement un autre ancêtre, encore plus âgé, qui attend peut-être dans les mêmes schistes de Burgess, dans le sud-est de la Colombie-Britannique.

Ces roches sont réputées dans le monde entier pour la richesse de leurs fossiles de la période du Cambrien moyen, une époque où la biodiversité de la Terre a explosé. Ce qui distingue les spécimens de Burgess, c’est la clarté avec laquelle les parties molles des animaux sont préservées.

«Je me sens comme un garçon dans un magasin de bonbons, a illustré M. Caron. Il y a beaucoup de bonbons parmi lesquels choisir et la question est de savoir ce que je vais choisir et décrire en premier.

«Nous pourrions y travailler pendant des décennies et avoir encore le sentiment de ne pas avoir égratigné la surface. Il y a encore beaucoup de terrain que nous n’avons pas encore parcouru.»

Il faut chercher les yeux, dit M. Caron.

«Les yeux sont très réfléchissants. C’est très frappant. Plusieurs des fossiles que nous découvrons dans les rochers, la première chose que vous voyez, ce sont les yeux, comme des points brillants dans le rocher.»