Des astrophysiciens montréalais ont découvert pour la première fois de l’eau liquide sur une exoplanète de la taille de la Terre. Cette planète, K2-18 b, se situe à 120 années-lumière de la Terre et pourrait abriter la vie dans ses nuages. Nos explications.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Eau liquide

Il leur a fallu trois ans d’observations avec les télescopes spatiaux Hubble, Spitzer et Kepler, mais Björn Benneke et ses collègues de 10 prestigieuses universités américaines y sont parvenus : ils ont observé de l’eau liquide sur une exoplanète similaire à la Terre. Plus exactement, ils ont observé directement de la vapeur d’eau sur la planète K2-18 b, et construit un modèle atmosphérique de K2-18 b montrant que cette eau devait être liquide dans les nuages. « C’est une première », explique M. Benneke, astrophysicien de l’Université de Montréal et auteur principal de l’étude publiée hier soir dans l’Astronomical Journal. « Ça montre l’importance de Montréal pour l’étude des exoplanètes. Nous sommes l’un des départements qui auront le plus de temps sur le futur télescope spatial James Webb. »

Extraterrestres

La vie pourrait-elle exister sur K2-18 b ? « Probablement pas sur sa surface rocheuse, mais c’est possible dans les nuages, là où l’eau serait liquide », dit M. Benneke. C’est que K2-18 b est huit fois plus massive et 2,3 fois plus large que la Terre, ce qui signifie qu’elle a une atmosphère très importante. Après tout, souligne M. Benneke, la vie pourrait exister sur les nuages de Vénus. K2-18 b est située sept fois plus proche de son étoile que la Terre ne l’est du Soleil, mais comme il s’agit d’une étoile 35 fois moins brillante que notre Soleil, elle est située dans une zone habitable. 

L’eau sur d’autres exoplanètes

De la vapeur d’eau a déjà été découverte sur d’autres exoplanètes, selon M. Benneke. L’an dernier, des astrophysiciens américains avaient affirmé que de l’eau liquide existait probablement sur l’exoplanète Proxima Centauri b, située à seulement 4,2 années-lumière de la Terre, dans une étude publiée par la revue Astrobiology. Mais il s’agissait de déductions de modèles atmosphériques, pas d’observation directe d’eau.

Rivalité

M. Benneke a dû hâter la publication de son étude parce que des rivaux britanniques publient demain à 16 h à Londres une étude similaire, dans la revue Nature Astronomy. « Ils prennent nos données sur les archives de la NASA, c’est public, dit M. Benneke. Ils savent que nos travaux sont importants. Mais ils ont seulement les données de Hubble et n’ont pas notre modèle atmosphérique, alors ils ont seulement la conclusion qu’il y a de la vapeur d’eau sur K2-18 b. » Est-ce normal de repiquer ainsi les données d’autres équipes pour publier avant elles ? « Ce n’est pas illégal, mais les gens dans le domaine de l’astrophysique sont mal à l’aise, ce n’est pas la première fois que l’équipe de Londres fait cela », dit M. Benneke. La Presse a demandé une réaction aux auteurs de l’étude de Nature Astronomy, mais n’avait pas eu de réponse hier soir.