Les enfants qui naissent par césarienne ont plus souvent un diagnostic d’autisme ou de déficit d’attention, selon une vaste étude suédoise. Les chercheurs préviennent que les césariennes n’augmentent pas le risque, mais représentent un indice de vulnérabilité, ouvrant ainsi la voie à une meilleure prévention.

MATHIEU PERREAULT MATHIEU PERREAULT
La Presse

Un facteur de risque

Un accouchement par césarienne augmente de 33 % le risque d’autisme et de 17 % le risque de trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). « C’est comparable à d’autres facteurs de risque connus, comme un bas résultat au test d’Apgar », dit l’auteure principale de l’étude publiée fin août dans la revue JAMA Network Open, Tianyang Zhang, de l’Institut Karolinska. Le score du test d’Apgar est calculé à la naissance à partir de différentes caractéristiques du bébé, par exemple le pouls, la respiration, le tonus musculaire et les réactions.

Fragilité génétique

D’emblée, Tianyang Zhang précise qu’un accouchement par césarienne n’est probablement pas un facteur de risque causant l’autisme ou le TDAH. « Il s’agit probablement d’une fragilité génétique, soit chez les mères, soit chez le fœtus, qui explique tout ce que nous décrivons, dit l’épidémiologiste. Par exemple, il peut y avoir chez la mère une vulnérabilité génétique au stress qui mène à des complications durant la grossesse ou l’accouchement. Ces complications peuvent augmenter le risque de problèmes neurodéveloppementaux menant à un diagnostic d’autisme ou de TDAH. Et la vulnérabilité génétique peut aussi être transmise à l’enfant et aussi augmenter le risque neurodéveloppemental. Ou alors, une césarienne d’urgence peut être causée par une détresse fœtale ou une anomalie placentale qui sont aussi des facteurs de risque neurodéveloppementaux. » La méta-analyse regroupait 61 études totalisant 21 millions de naissances.

Césariennes électives et d’urgence

Les chercheurs suédois ont vérifié si le risque d’autisme ou de TDAH changeait selon que la césarienne était élective ou d’urgence. « Il n’y avait pas de différence, probablement parce que dans les cohortes, les césariennes électives étaient surtout liées à des complications de grossesse, plutôt que simplement une peur d’accoucher ou alors pour faciliter la gestion des calendriers des médecins et des patients, dit Mme Zhang. On estime qu’un taux de césariennes normal, c’est-à-dire qui reflète uniquement les nécessités médicales, est de 15 %. Il serait maintenant intéressant de voir s’il y a une association plus ou moins forte des césariennes avec l’autisme et le TDAH quand le taux de césarienne est beaucoup plus élevé. »

Pas encore d’application clinique

Tianyang Zhang estime qu’il est encore trop tôt pour faire un suivi plus serré des signes de problèmes neurodéveloppementaux chez les enfants nés par césarienne. Mais Martin Gignac, chef de la psychiatrie à l’Hôpital de Montréal pour enfants, estime qu’il y a lieu d’envisager la prise en compte de cette association entre césarienne et problèmes neurodéveloppementaux dans un but de « prévention ». « La plupart des facteurs de risque neurodéveloppementaux sont génétiques plutôt qu’environnementaux », dit le Dr Gignac, à qui La Presse a demandé de commenter l’étude de JAMA Network Open. « Mais il peut y avoir un effet épigénétique dans l’accouchement par césarienne plutôt que par voie naturelle. »