Des paléontologues américains et chinois ont identifié le plus ancien tunnel tracé par un ver. La découverte remet en question le caractère abrupt de l’«explosion du Cambrien», qui a vu l’apparition de nombreuses espèces animales, voilà 540 millions d’années.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

«Le manque d’informations sur la mobilité des vers de l’Ediacarien nous empêche de comprendre la base biologique des innovations de l’évolution qui ont mené aux révolutions agronomiques du Cambrien, et à leurs effets durables sur l’évolution des systèmes vivants sur la surface de la Terre», expliquent dans leur étude les chercheurs de l’université Virginia Tech et de l’Institut de géologie et de paléontologie de Nanjing.

L’étude est parue mercredi dans la revue Nature.

L’Ediacarien, qui s’étend de 635 à 540 millions d’années avant notre ère, est la période juste avant l’ère cambrienne. Les océans abritaient alors une faune bigarrée que les paléontologues peinent à relier aux animaux actuels. C’est durant le Cambrien que sont apparus les premiers ancêtres des animaux d’aujourd’hui.

Le ver Yilingia spiciformis est semblable à d’autres vers de l’Edicarien, mais c’est la première fois qu’un tunnel est associé à un tel fossile. Cela signifie qu’il était capable de bouger, aérant la terre et favorisant la croissance bactérienne sous-tendant l’explosion du Cambrien. Ce type de tunnel intact près d’un fossile, probablement grâce au mucus du vers, est appelé «marche funèbre» par les paléontologues.

Un commentaire publié dans Nature souligne que la capacité de Yilingia spiciformis de creuser des tunnels signifie que les ancêtres des espèces animales actuelles ne sont pas tous apparus lors du Cambrien, et donc que l’explosion du Cambrien est une coupure moins nette qu'on ne le croyait avec les formes de vie antérieures.

Il n’y a pas d’animaux vivants qui ressemblent vraiment à Yilingia spiciformis ; les milles pattes «sont ce qu’on peut trouver de plus proche», affirme Shuhai Xiao, qui a dirigé l'équipe à l'origine de la découverte.

Selon les chercheurs, l’animal vivait dans l’eau et devait mesurer de 5 à 26 mm de largeur et jusqu’à 27 cm de longueur. Il serait constitué d’une cinquantaine de fragments identiques, chacun composé d’«un lobe central et de deux lobes latéraux pointant vers l’arrière».  

- Avec l'Agence France-Presse